Au-delà des partis

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les élections législatives de 2017 ont conduit à une écrasante majorité de représentants de la République En Marche à l’Assemblée Nationale.

Les partis peu représentés, en particulier ceux qui auront perdu des sièges, crient au scandale.Un parti unique signerait la fin de la démocratie, assimilant pour faire effet, la composition issue provisoirement des élections à des régimes structurellement organisés autour d’un parti unique.

On ne se souvient pas que cette critique ait été évoquée au soir des élections des perdants d’aujourd’hui lorsqu’ils étaient dans une structure identique, par exemple lorsque le PR et l’UDF se glorifiaient de leurs 473 sièges !

La demande de davantage de proportionnalité semble à priori raisonnable car plus équitable, mais l’histoire de la 4ème république a que démontré l’absence de majorité stable à l’Assemblée ne permettait de conduire aucun projet d’envergure et que la nécessité d’alliances accordait aux partis « charnière » un pouvoir de chantage disproportionné.

Dans le fond, l’alternance dans le temps, largement pratiquée en France, permet de remédier aux excès de pouvoir que permettent des parlements trop monolithiques.

Évidemment, un système proportionnel éviterait les grands mouvements et serait favorable à la gestion des carrières des membres des partis, d’autant qu’ils leur appartiendraient de se répartir les postes entre eux ! Dans un système totalement proportionnel, même avec 90 % d’abstention chacun pourrait se glorifier de sa représentation au Parlement !

Cela permettrait d’oublier que l’abstentionnisme – au-delà d’un fond structurel de 15 à 20% qui a de multiples causes – est une forme d’expression. Il signifie clairement que les électeurs qui s’abstiennent ne trouvent pas dans l’offre qui se propose à eux, d’options satisfaisantes.

On envisage parfois de rendre le vote obligatoire. Merveilleux système qui, en cassant le thermomètre, éviterait d’avoir à regarder en face la réalité !

La tentative d’implanter des primaires en France, dont le résultat a finalement été catastrophique pour ses promoteurs, appartient à cette tendance de vouloir se passer des électeurs pour être élu.  En l’occurrence, l’idée était de faire désigner par un petit pourcentage de militants et fidèles le futur Président de la République, moyennant une mise en scène médiatique pour faire passer ce tour de passe- passe pour le summum de la démocratie.

Derrière toutes ces palinodies se cache toujours le même problème. Un corps social de politiciens qui a pour seul objectif sa propre sauvegarde et sa propre gestion des carrières.

Un système proportionnel permettrait de se répartir entre soi des postes au parlement comme sont attribués nombre de postes ministériels, non pas en fonction des compétences, mais au motif que l’impétrant a rendu service au parti.

On a évoqué l’empereur Caligula pour avoir nommé consul son cheval, mais combien de représentants d’autres espèces animales les partis n’ont-ils pas propulsés à la tête de ministères ou de grandes entités publiques au seul motif de leur participation à la vie du parti ?

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