Au delà de la complexité

Publié en février 2013

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

À l’occasion de son élection à la Royal Society de Londres, le célèbre biologiste américain Paul R. Ehrlich s’est interrogé sur la possibilité d’un effondrement de la civilisation moderne, ou plutôt, celui-ci lui paraissant éminemment probable, sur la possibilité de l’éviter. Ehrlich est convaincu qu’« à peu près toutes les civilisations passées ont subi un effondrement, c’est-à-dire une perte de complexité politique et socioéconomique accompagnée d’un écroulement démographique. »[1].

Paul Ehrlich, comme Jared Diamond, attribue la plupart des cas d’effondrement à la surexploitation de l’environnement, ce qui serait en train de se reproduire. Il considère que l’effondrement entraîne une perte de complexité de la société concernée. Complexité et surexploitation de l’environnement seraient donc liées. Si tel est le cas, l’effondrement pourrait ne pas avoir nécessairement la surexploitation comme cause, mais la complexité. Ainsi, si le progrès technologique a permis de repousser les limites d’exploitation des ressources envisagées il y a 40 ans par le Club de Rome, c’est au prix d’une vulnérabilité croissante tenant notamment à la complexité d’un système devenu global. À l’inverse, si des réactions sociales venaient à freiner, dans l’avenir, le progrès technique, la chute serait provoquée par les limites physiques.

Il n’est pas sûr que la différence qu’Ehrlich évoque entre le caractère régional des sociétés anciennes et le caractère mondial de la société d’aujourd’hui change grand-chose. Les effondrements passés ont fréquemment fourni à des sociétés moins évoluées des matériaux pour leur propre développement. Malgré la mondialisation, il existe encore, dans le monde d’aujourd’hui, des groupes humains dont le niveau de complexité, et donc de vulnérabilité, est moindre. Si un dicton veut que les pauvres meurent quand les riches souffrent, ce n’est pas nécessairement le cas quand la pauvreté s’accompagne d’une certaine rusticité. L’effondrement des leaders ne serait probablement que l’amorce d’un nouveau cycle dominé par de nouveaux groupes humains. Le passage d’un état au suivant ne serait pas instantané, mais les difficultés se multiplieraient : stagnation de l’économie, refragmentation du monde, révoltes locales et grands mouvements migratoires.

[1] Ce sont les premiers mots de son allocution, intitulée Can a collapse of global civilization be avoided ? Le texte est disponible sur : http://rspb.royalsocietypublishing.org/content/royprsb/280/1754/20122845.full.pdf.

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