Arithmétique des inégalités

Publié en mars 2017

Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Les inégalités sociales existent dans toutes les sociétés du monde depuis la nuit des temps. Il peut paraître paradoxal qu’elles soient moins tolérées dans la période récente alors que le niveau de richesse globale s’est amélioré.
En fait, dans toute société archaïque comportant un million de familles, par exemple, un tyran s’emparant pour lui seul d’un millième de la richesse nationale aurait prélevé mille fois plus que sa part dans une société égalitaire. Pour autant, il n’aurait privé les autres parties prenantes que d’un millième de ce qu’elles auraient pu espérer ; presque rien, donc.
Dans nos sociétés modernes et démocratiques, la richesse s’est accrue, mais elle s’est aussi diffusée. Si 10% des ménages perçoivent 40% de la richesse nationale, cela ne représente pour chacun que quatre fois la moyenne nationale, mais cela ampute du tiers ce que les autres auraient reçu dans une société strictement égalitaire.
Si la richesse profite à davantage encore de familles, la situation continue à se dégrader pour les autres. Ainsi, si 30% de la population reçoit un revenu double de la moyenne, la part des autres est réduite de près de la moitié. Si il y a deux tiers de privilégiés, ce qui semblerait un progrès dans la démocratie économique, ils ne pourraient recevoir qu’une fois et demie la moyenne, c’est-à-dire pas grand-chose, mais le dernier tiers n’aurait rien du tout.
L’effet de ce phénomène dans le sentiment de paupérisation de la France d’en bas est certainement important. Il s’y ajoute un aspect psychologique. Lorsque le roi seul ou avec un entourage restreint profite des inégalités, il vit dans un monde avec lequel le commun des mortels ne se compare pas. Celui qui gagne deux fois plus que la moyenne est un voisin ou le supérieur hiérarchique au travail. Il vit de manière semblable et proche, mais légèrement mieux en tout et cette comparaison permanente exacerbe les insatisfactions.

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