À la recherche des emplois

Publié en 2012
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Rien ne heurte plus le sens commun que de voir coexister, dans de nombreux pays, des personnes qui manquent de tout, faute de  travail, des entreprises en chômage partiel, faute de demande, et des capitaux qui ne savent où s’investir.

C’est pourtant une situation assez générale et personne ne paraît connaître le moyen d’y remédier, ne serait-ce qu’en partie. Le fordisme conseillait de mieux rémunérer les travailleurs pour qu’ils puissent acheter davantage de voitures et, de proche en proche, faire progresser l’économie. Malheureusement, cette idée ne peut pas s’appliquer à une entreprise isolée. Elle ne vaut qu’à un niveau de généralité suffisant. Or la difficulté aujourd’hui est d’amorcer la pompe. Les politiques de relance par la demande sont rendues impossibles par les niveaux d’endettement dans la plupart des États.

L’une des causes de la situation réside dans les effets du progrès technologique. Celui-ci est source à la fois de gains de productivité et de nouveaux produits et services. Mais ces deux pieds ne sont pas synchrones. Les ressources nouvelles apportées par la technologie sont d’abord utilisées là où des hommes ressentent un problème. La productivité, étant une préoccupation constante, bénéficie assez généralement et assez vite des possibilités ouvertes par ses avancées. La substitution de nouveaux produits aux anciens va également assez vite, car les consommateurs peuvent apprécier les avantages qu’ils offrent. C’est ainsi que les premières voitures automobiles ont pu rapidement remplacer les calèches avant que se créent de nouveaux marchés avec l’abaissement de leur prix.

En revanche, l’apparition de nouveaux produits et services demande du temps. L’électronique a permis la création de la télévision, mais le développement de celle-ci a été difficile. Il n’y avait pas d’utilisateurs, faute d’appareils fiables et de contenus. Il n’y avait pas de contenus, faute de réseau de distribution. Et il n’y avait pas de réseau de distribution, faute de détenteurs d’appareils… Tout se tient, chaque progrès requiert des efforts simultanés dans de nombreuses dimensions, ce qui rend le progrès global très lent au début.

Aujourd’hui, les progrès de la technologie, et, simultanément le développement de nombreux pays émergents, ont conduit à la suppression d’emplois dans de nombreux secteurs économiques des pays développés. Le phénomène devrait perdurer. Il faut donc inventer une nouvelle offre pour employer les ressources humaines libérées.

Des voies semblent assez évidentes. Le e-commerce, par exemple, se développe. Mais comme naguère la grande distribution, il détruit plus d’emplois dans la distribution qu’il n’en crée. Il faut vraiment inventer des produits et services ayant une utilité qui n’est pas satisfaite aujourd’hui : la santé, la sécurité, le savoir offrent sans doute de vraies perspectives de développement et non de simples substitutions.

Les cas où le besoin est évident et mal satisfait sont une exception. En revanche, la voie est claire. Par exemple, en matière d’énergie ou de recyclage des matériaux. Un effort immédiat et intensif doit être fait, favorable à l’emploi et cohérent de surcroît avec les besoins de la planète à long terme. Il faut aussi encourager la recherche d’applications, plus problématiques, mais plus importantes encore, des NTIC, de la robotique ou des nano et biotechnologies. De même que l’automobile a modifié non seulement nos modes de transport, mais l’habitat, les loisirs, le commerce et le travail, de même les nouvelles technologies modifieront notre vie entière, même là où elles semblent n’avoir aucun rôle.

À défaut, d’autres le feront. Après avoir abandonné l’héritage du passé, ne pas le faire serait renoncer à l’avenir…

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