50 ans après

Publié en mars,2020
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Mai 68 a marqué une vraie rupture dans nombre d’idées, de valeurs et de comportements ; sans doute celle-ci avait-elle été préparée par les évolutions commencées après la guerre dues à plusieurs phénomènes : l’exode rural avec la perte de racines et l’affaiblissement des liens de proximité, le développement qui a desserré des contraintes économiques séculaires, la création de la sécurité sociale qui a fait passer la solidarité de la famille à la collectivité nationale, l’essor du tourisme et de la télévision qui ont révélé d’autres mondes et donné l’idée de la relativité des valeurs, la décolonisation qui a fait tomber nombre de certitudes, la pilule anticonceptionnelle qui a modifié les rapports entre les sexes, la démocratisation de l’enseignement supérieur, etc…

Mai 68 fut l’occasion d’une prise de conscience générale des changements que ces évolutions devaient entraîner et les a, bien sûr, accélérés.

Ce mouvement s’est poursuivi et se poursuit encore dans d’ultimes batailles pour imposer l’égalité des sexes, faire admettre les minorités sexuelles, la PMA pour tous ou l’égale valeur de tous les points de vue.

Mais simultanément s’amorce un mouvement de reflux : les acteurs et premiers bénéficiaires des évolutions intervenues depuis la fin la guerre ont été les baby-boomers dont le sort s’est inscrit en contraste total avec celui de leurs aïeux, ceux des siècles précédents mais aussi leurs parents immédiats qui ont continué à subir les contraintes antérieures aggravées par deux guerres mondiales et une très grave crise économique et sociale. Désormais, ayant vécu longtemps par rapport à leurs prédécesseurs du fait de l’allongement de l’espérance de vie, ils se découvrent seuls au monde : ils ont voulu la liberté et découvrent que son on corollaire est la solitude. Car être libre des autres, c’est renoncer à exister à leurs yeux. L’idée que la vie en société comporte des avantages qui ne peuvent exister sans corollaire prend de l’importance aujourd’hui et rencontre les aspirations de quelques îlots de résistance oubliés, notamment religieux.

Les hommes accordent toujours plus d’importance à ce qui leur manque qu’à ce qu’ils ont : ils commencent à prendre conscience que le chemin suivi a créé du vide. Une étude sur les cadres de Wall Street publiée il y a quelques mois par le journal le Monde a mis en évidence que la facilité de trouver des partenaires d’un soir apportée par les sites Internet aux jeunes hommes imposait aux jeunes femme de jouer le même jeu, sauf à risquer de rester seules, mais aussi après un certain temps, que celles qui désiraient se marier ne sont plus considérées comme des partis désirables par leurs partenaires de passage.

L’homme est un animal social qui a besoin d’être lié à d’autres pour trouver son équilibre ; la foule non seulement ne joue pas ce rôle mais aggrave le sentiment de solitude. Après avoir recherché un remède à sa solitude dans des communautés virtuelles, des liaisons sans profondeur, l’immersion dans des mondes imaginaires ou le soutien chimique, il aspire à retrouver de la proximité, à davantage d’implication. Les préoccupations relatives à l’avenir de la planète, fréquemment imprégnées de nostalgie, sont empreintes d’un sentiment de solidarité universelle au départ, mais en passe de devenir plus communautariste avec le retour des frontières. Les limites des systèmes de solidarité nationale redonnent de l’espace à l’entraide familiale ou locale.

En mai 68, c’est une génération qui avaient grandi dans les nouvelles conditions qui a conduit le monde à prendre conscience des changements. Sans doute en sera-t-il de même pour ce nouveau basculement.

 

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