Une mort prochaine

Publié en 2015
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Il fut un temps où évoquer la perspective de sa mort avec quelqu’un jetait un froid et était jugé indélicat.

Les temps semblent avoir changé : cette semaine j’ai été sollicité quotidiennement, avec l’ensemble des auditeurs de ma station radio préférée, par deux organisations caritatives souhaitant que je fasse (que vous fassiez…) un legs utile plutôt que d’abandonner mon héritage à quelque bénéficiaire indigne. Le legs semble une excellente opération fiscale. En abandonnant son patrimoine, on peut économiser des impôts ; en abandonnant tout, on cesse, a priori, d’être imposé et l’on retrouve le bonheur simple du savetier. En l’occurrence, du savetier mort.

À ces appels insistants s’ajoutent, dans le courrier du jour, trois sollicitations analogues d’autres organismes.

Apparemment, j’ai dû laisser échapper, dans le champ des « big data », des informations permettant de prévoir mon prochain décès et chacun tente sa chance…

Incidemment, le marketing de ces organisations sans but lucratif s’avère très supérieur à celui de la moyenne des entreprises commerciales !

La prévision de mon décès prochain pourrait s’avérer autoréalisatrice : si à chacun de mes petits déjeuners les messages radio annonçant ma fin se multiplient, que mon courrier les relaie et qu’Internet en rajoute, il va m’être difficile de résister à une déprime mortelle.

Mais faire un legs n’arrêtera pas le flux des messages. Et serait-il moral de faire un legs à ceux qui auront – fût-ce pour de bonnes causes – provoqué mon décès ?

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