Un système de santé à bout de souffle ?

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Un dirigeant de la Générale de Santé affirme cette semaine dans Les Échos que notre système de santé est à bout de souffle et qu’il faut changer les règles du jeu.

Des diagnostics identiques ont déjà été faits, non seulement au sujet du système de santé, mais également des retraites, de l’assurance chômage et d’autres encore de moindre importance.

Il n’est pas certain que l’expression « à bout de souffle », qui suggère une usure générale, soit adaptée. En réalité, ces systèmes souffrent d’un seul et même mal dont l’aspect technique est secondaire : une insuffisance de ressources par rapport aux dépenses, comblée à court terme, selon les cas, par l’emprunt ou le sacrifice des investissements d’avenir. Ces deux moyens d’esquiver la solution ayant une fin, la question est de savoir qui fera les frais de la différence : apport de nouvelles ressources ou réduction des prestations ?

L’expression « changer les règles du jeu » ne doit pas faire illusion : si des adaptations dans l’organisation ou le fonctionnement de ces systèmes sont nécessaires, elles ne peuvent avoir qu’un effet marginal sur le rythme de croissance des déficits.

Si les politiques ont laissé cette situation se créer, c’est que la réduction des « rentes » est socialement et politiquement difficile et que l’augmentation des prélèvements obligatoires pèserait sur l’activité économique et aggraverait donc la situation.

La seule véritable solution, comme toujours lorsque les besoins dépassent les moyens, est d’accroître les moyens disponibles en pratiquant une politique de croissance. Autrement dit, en renonçant aux obstacles qu’on a semés sur le chemin des agents économiques.

Qui le veut ?

Aujourd’hui, d’après Alain Fabre, la France des rentes, c’est-à-dire celle dont les revenus sont déterminés par des décisions publiques et non par les bénéficiaires des services éventuellement rendus représente 66 % des suffrages exprimés. Il s’agit des retraités, des fonctionnaires, des chômeurs et autres populations vivant d’allocations ainsi que des membres de professions protégées par des ordres professionnels ou des statuts particuliers (médecins ou taxis par exemple). On pourrait y ajouter ceux qui ont une activité de marché, mais disparaîtraient sans les subventions de la collectivité, comme les métiers du spectacle ou la presse.

Cette situation peut apparaître, selon les cas, moralement, socialement ou économiquement fondée (nul ne peut contester que la rémunération des médecins est amplement justifiée par leur utilité sociale par exemple). Il n’empêche que la fixation des prix et des revenus par la puissance publique éloigne nécessairement de l’optimum économique comme la défunte URRS l’a démontré et si l’économie n’est pas un but en soi, il ne peut y avoir de rente lorsqu’il n’y a plus d’argent.

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