Un chèque-livre étudiant

Publié en 2011
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La situation du livre universitaire est alarmante en tant que telle, mais également parce qu’elle marque l’éloignement d’une certaine forme de culture.

La contrainte économique est évidente et des alternatives existent. Il n’empêche que s’il y a insuffisamment de livres achetés, il y en aura de moins en moins de publiés, avec deux conséquences, non exclusives :

– l’appauvrissement et le vieillissement des sources disponibles ;

– le recours croissant à des éditions de langue anglaise, dont le marché mondial est infiniment plus large et permet, malgré l’existence des mêmes raisons de fond, le maintien d’une activité éditoriale importante.

Ce recours à des livres étrangers n’est pas à proscrire en tant que tel, loin de là, mais il comporte des inconvénients qui militent pour le maintien d’une production éditoriale nationale :

– pour les étudiants, ils coûtent plus cher ;

– pour les auteurs, tous ne sont pas à même de rédiger en anglais et les éditeurs anglo-saxons ne s’intéressent pas nécessairement à des sujets « hexagonaux » liés à la sociologie, l’histoire ou la langue française.

Au total, le recul du livre a une influence qui pourrait provoquer à terme le passage de la culture française en deuxième division ; il n’est pas souhaitable de s’y résigner.

Parmi les facteurs de cette évolution, le plus étonnant paraît être le coût du livre. On le comprend au niveau du budget de l’étudiant, plus difficilement au niveau macroéconomique : le chiffre de 88 millions d’euros cité dans le blog du Monde, par rapport à un budget de l’enseignement supérieur et de la recherche de l’ordre de 25 milliards d’euros par an, semble  marginal et franchement ridicule quand on le rapporte aux dépenses sur les TIC, qui atteignent désormais 5 % du revenu des ménages.

Il faut sans doute inventer de nouvelles sources de financement. Certes, la période n’est pas favorable car tous les débats de société concluent à la même nécessité.

Mais il s’agit de la formation de centaines de milliers d’étudiants !

Le succès d’un chèque livre sponsorisé par des acteurs publics ou des mécènes ou sponsors privés serait certainement de nature à apporter un bol d’air à court terme et pourrait contribuer à l’émergence d’un nouveau mode de financement du livre sur le long terme.

Quelques mutuelles d’assurances, préoccupées de l’évolution du livre ont décidé d’agir pour que ce défi soit relevé en créant Thôt, un fonds de dotation, dont la vocation est de favoriser les actions de promotion de l’édition universitaire. Ses moyens sont limités, mais il serait dans ses objectifs d’aider les initiatives prises pour le développement du chèque livre étudiant.

Billet diffusé le 19 octobre 2011 sur http://lemonde-emploi.blog.lemonde.fr/2011/09/07/un-cheque-livre-pour-les-etudiants

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