Trump et la realpolitik

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le Président américain fait consensus contre lui dans une mesure rarement atteinte : sa brutalité, sa versatilité, ses vues simplistes, sa façon de taper sur la table pour imposer sa volonté ne sont pas conformes à ce que la communauté internationale attend du Président d’une grande nation.

En démocratie, tout accusé à le droit à une défense : avant de le condamner il faut donc tenter de regarder ce qui peut permettre d’évaluer les dommages liés à ce comportement et les causes qui le fondent, sachant que dans un environnement complexe, la quasi-totalité des parties prenantes se contentent de vues souvent sommaires, partielles et toujours partiales.

Sur le plan des conséquences, l’attitude de Trump a d’abord le mérite, involontaire de sa part, d’inviter les européens à réagir à la subordination à l’égard des États-Unis qu’ils acceptent depuis des lustres : il est inacceptable et honteux que l’Europe ait à obéir sans discuter aux injonctions américaines au sujet de l’Iran par exemple sous menaces de sanctions financières pour ses entreprises.

En second lieu, il semblerait qu’il ait réussi à engager une discussion avec la Corée du Nord que personne d’autre n’avait réussi avant. Attendons le résultat, mais la démarche est un progrès qu’il faut saluer.

En troisième lieu, l’Amérique vit très bien : le chômage y est faible et les américains consomment allègrement au point d’enregistrer annuellement 500 milliards de déficit de leur balance de paiements. Ce déficit tient aussi à leurs dépenses militaires à travers le monde auxquelles beaucoup de pays tiennent pour leur sécurité ; le Japon par exemple peut avoir des dépenses militaires faibles grâce au bouclier américain.

Ce déficit colossal ne peut que provoquer à terme des crises économiques s’il se poursuit, il est curieux de voir des pays d’Europe estimer ne pas pouvoir fonctionner avec des déficits et souhaiter que les États-Unis continuent à creuser le leur : c’est excellent pour le peuple américain qui consomme plus qu’il ne produit, c’est triste pour ceux qui consomment moins  qu’ils ne produisent au profit de Banques Centrales qui placent ces réserves aux États-Unis, leur permettant de poursuivre la même politique…

Mais il y a des limites à tout et il serait de l’intérêt du monde que les déficits des États-Unis et les excédents de quelques pays, en particulier, l’Allemagne et la Chine tendent vers un rééquilibrage progressif.

En économie, comme pour le golf, tout le monde doit pouvoir jouer ensemble, mais ce n‘est possible que si les plus doués acceptent un handicap plus important. Pour l’instant, en économie, le handicap est infligé aux moins doués, ce qui menace la poursuite du jeu.

La guerre commerciale engagée par Trump est un jeu simpliste et dangereux, mais elle pose le problème des déséquilibres internationaux que personne d’autre ne veut poser en raison des satisfactions que ces déséquilibres apportent à court terme aux uns et aux autres.

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