Sortir de l’Euro

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Certains candidats à la Présidence de la République ont évoqué une sortie de l’Euro ; des « experts » ont tenté d’en évaluer les conséquences.
Ne pas adopter l’Euro aurait fait vivre la France avec une monnaie plus faible ; comme la France importe l’équivalent du quart de son PB, le niveau de vie des Français en eût été significativement plus faible, mais l’activité économique -industrie, tourisme en particulier- en eut été plus dynamique, ce qui aurait contribué à réduire le chômage.
La France aurait eu plus de mal à emprunter et aurait dû faire davantage d’efforts pour limiter son endettement. En substance, c’eut été moins de prospérité, mais moins de problèmes sociaux, ce que recherchent les partisans de la sortie.
Mais la sortie ne garantit pas le retour au statu quo ante. L’économie s’est adaptée, elle a tiré parti d’opportunités dont certaines se fermeraient et elle a supporté des sacrifices qui ne seraient pas annulés : ainsi des entreprises ont disparu du fait d’un manque de compétitivité internationale en raison du niveau de l’Euro mais ne ressusciteraient pas.
La seule conséquence certaine d’une sortie de la monnaie commune serait l’existence d’un choc, par construction négatif puisque seuls les effets négatifs peuvent être quasiment instantanés, les avantages éventuels ne se développant que progressivement dans le temps et en fonction de l’habilité de la politique économique d’accompagnement qu’on ne peut postuler.
A court terme, l’attentisme des agents économiques, l’incertitude des marchés, la hausse du coût des importations, l’accroissement du coût de la dette créerait une situation difficile.
Le chiffrage de ces conséquences est toutefois impossible car il suppose trop d’hypothèses, ainsi :
– Une telle décision n’adviendrait pas isolément, toutes autres choses restant égales par ailleurs : elle ferait partie d’une politique radicalement différente dont les effets seraient imbriqués
– L’Euro est une affaire collective et la sortie de la France serait susceptible d’entrainer des réactions variées de ses partenaires, allant jusqu’au démantèlement de la monnaie commune, et, selon ces réactions, les conséquences pour la France seraient très différentes
– Enfin, la gestion des conséquences peut se faire avec plus ou moins d’habileté de la part des parties prenantes nationales et étrangères.
Il est dangereux de donner à penser qu’on peut chiffrer les conséquences d’une telle décision.
Certaines circonstances peuvent conduire un pays à abandonner l’Euro et même à sortir de la Communauté Européenne, mais, comme pour une déclaration de guerre, on ne peut en calculer les conséquences. Cela n’interdit pas de le faire, mais il faut avoir l’audace d’affronter l’inconnu.

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