Sortie de crise

Publié en 2013
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La France, comme beaucoup d’autres pays de la Communauté européenne, traverse une crise économique grave dont elle ne sait comment sortir. L’excès d’endettement est réputé être la cause ou, à tout le moins, un obstacle à la recherche d’une solution.

L’excès d’endettement résulte du fait que les agents économiques ont utilisé plus que leur revenu, non pour financer des investissements qui en produisant de la richesse se rembourseraient d’eux-mêmes, mais pour des dépenses sans effet sur la production future : guerre,  paiement de fonctionnaires, consommation.

Le financement de dépenses par le crédit ne devrait exister qu’en anticipation d’un revenu. Un crédit excessif ne correspond à aucun revenu anticipé et, de surcroît, augmente chaque année des intérêts courus. Ainsi, des dépenses de santé exposées il y a 20 ans ont été financées par des crédits qui perdurent au sein de la dette sociale. Comment une dépense que ses bénéficiaires ou leurs contemporains n’ont pu prendre en charge pourrait ou devrait-elle être payée vingt ans après, augmentée des intérêts, par de nouvelles générations incapables de faire face à leurs propres besoins ?

Comment alors réduire un endettement excessif ?

La meilleure réponse serait de développer l’activité économique pour dégager un revenu supplémentaire. Malheureusement, personne ne sait quelle politique permettrait d’atteindre ce résultat. Relancer l’activité demanderait de recourir à l’emprunt, mais l’excès d’endettement étant à l’origine de la crise, il n’est plus possible de faire appel au crédit. Reste la possibilité de supprimer des dépenses improductives pour réaffecter les ressources libérées à des emplois productifs. Les emplois improductifs étant essentiellement de nature bureaucratique, ceux-ci sont bien défendus par un appareil d’État d’essence bureaucratique. Le processus est aléatoire, long et douloureux et commence par afficher des résultats négatifs, ce qui justifie toutes les oppositions, avant que les bénéfices apparaissent.

Cette politique, dite de rigueur, peut prendre d’autres formes. Par exemple, prélever, par l’impôt, une part du revenu des agents productifs pour l’affecter au remboursement des créanciers. Si l’excès d’endettement a une origine ponctuelle, comme une guerre, la solution est bonne. Si la cause est structurelle, comme l’abondance de structures improductives, elle appauvrit le peuple sans apporter de remède.

L’endettement peut également être réduit par un transfert d’actifs, à l’image de la saisie par le créancier de l’appartement dont l’acheteur ne peut rembourser le crédit qui a servi à son achat.

La dernière solution consiste à ne pas rembourser.

Chaque cas est spécifique. Il varie en fonction de l’importance de la dette, de la puissance du débiteur face à celle des créanciers, de sa maîtrise de la monnaie et de la nationalité des créanciers. Il est relativement facile de spolier des nationaux et, en les accusant de quelque crime, on peut même supprimer les créanciers pour plus d’efficacité. A contrario, un étranger puissant peut utiliser la force pour se faire payer, comme l’ont fait les États-Unis avec Haïti en 1915.

Si le pays dispose de sa propre monnaie et que l’endettement est souscrit dans cette monnaie par des étrangers, il peut dévaluer. La dette s’en trouve allégée, la relance de l’activité provoquée par la dévaluation dégage de nouveaux moyens et l’inflation qui suit réduit le poids de la dette souscrite par les résidents. Bien sûr, les créanciers ne seront plus disposés à prêter en cas de besoin, mais ils oublient assez vite. Le droit est respecté, en tout cas formellement, ce qui est favorable à la paix sociale et internationale.

Si la dette est libellée dans une monnaie étrangère, comme l’Argentine en 2001 dont la monnaie avait un lien fixe avec le dollar, la dévaluation ne la réduit pas, mais accroît son importance par rapport à la production nationale.

Une politique inflationniste peut également réduire le poids relatif de la dette en ruinant plus ou moins les porteurs de celle-ci. Mais si elle n’est pas accompagnée d’une dévaluation, l’augmentation des prix fait perdre de la compétitivité et conduit à une contraction de l’activité. Le paiement de la dette devient alors plus difficile, d’autant plus que l’inflation s’accompagne normalement d’une hausse des taux d’intérêt.

La France semble ne pas pouvoir mener une politique de rigueur efficace. Elle ne peut dévaluer du fait de son appartenance à l’euro et n’a pas la puissance monétaire qui lui permettrait, comme les États-Unis, de battre monnaie. Elle ne peut renier sa dette sans se mettre d’elle-même dans le rang des puissances de second rang.

Apparemment, il n’y a donc pas de solution. Mais la vie est plus forte que les contrats et elle imposera une solution non choisie, marquée probablement par des ruptures, des difficultés sociales et des troubles politiques. La place de la France parmi les puissances secondaires sera alors définitivement assurée.

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