Société et pouvoir

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Au large de Porto Rico se trouve une petite île inhabitée, Cayo Santiago. Sur cette île ont été amenés en 1938 un groupe de macaques, afin de les étudier.

À peine débarqués sur cette terre étrangère, ces singes, arrachés à leur environnement naturel, ont commencé à se battre.

La génération la plus jeune, encore fragile, a été exterminée.

L’anarchie est fatale aux plus faibles.

Progressivement, des groupes se sont formés. Cette organisation naissante a permis une reprise démographique. Puis l’ensemble de la population s’est hiérarchisée : entre les groupes, entre les familles au sein des groupes, entre les individus au sein des familles. La démographie et la paix ont prospéré. Cette dernière reste néanmoins fréquemment troublée par des épisodes de violence. La plupart du temps, la cause est claire : un groupe dominant attaque brutalement un membre d’un groupe dominé qui cherche à accéder à la nourriture. Il s’agit alors de faire respecter la hiérarchie sociale. Dans d’autres cas, les chercheurs n’arrivent pas à comprendre.

Certains individus apparaissent particulièrement sociables. Les chefs, par exemple, sont entourés d’une véritable cour.  D’autres, au contraire, sont agressifs et n’ont que peu de relations sociales.

Dans une période récente, le chef suprême c’est-à-dire le mâle dominant du groupe dominant, exerçait un pouvoir bon enfant et non contesté. Il s’est fait tuer et remplacer par un mâle très agressif jusque là marginalisé. Cet épisode a été précédé par une courte période au cours de laquelle le groupe s’est un peu dispersé puis une fraction de celui-ci a rejoint le rival et a attaqué, avec lui, l’ancien chef.

Il ressort de cette histoire que si l’agressivité n’est généralement pas appréciée, il y a un moment à partir duquel elle convainc une partie du groupe qui s’y rallie.

Les études les plus récentes semblent démontrer une corrélation entre l’agressivité et des caractéristiques génétiques.

Toute ressemblance avec les affaires humaines ne pourrait être que fortuite et sans valeur prédictive quant à d’éventuelles campagnes présidentielles, cela va de soi.

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