Retour à Mac Luhan

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le sociologue des médias Marshall McLuhan a connu, notamment après la publication en 1967 de The Medium is the Massage (avec un a), une très grande notoriété, en particulier auprès de la génération 68.

On l’a depuis quelque peu oublié. Pourtant son message est parfaitement actuel. Les micro-ordinateurs, Internet, le téléphone portable n’existaient pas encore, mais ses observations sur l’effet des médias de son époque lui ont permis de comprendre et d’anticiper les transformations que nous apportent aujourd’hui l’ensemble des TIC. McLuhan écrivait ainsi :

« Les dispositifs électriques d’information qui permettent une surveillance universelle, tyrannique, du berceau à la tombe, créent un grave dilemme entre droit au respect de la vie privée et besoin pour la collectivité de savoir. La vieille idée traditionnelle de vie privée, d’un domaine séparé pour nos actions et nos pensées (…) est très sérieusement menacée par les nouvelles méthodes de récupération électrique et instantanée de l’information. Le fichier bancaire informatisé [aboutit à] ne plus rien oublier ni pardonner, il n’y a plus de rédemption ni d’effacement des ‘erreurs’ passées (…) Comment notre nouvel environnement va-t-il être reprogrammé maintenant que nous sommes devenus si impliqués les uns les autres que nous sommes tous devenus les vecteurs inconscients du changement social ? »[1]

 « Le cercle de la famille s’est élargi. La masse d’informations engendrées par les nouveaux médias (…) dépasse largement l’influence que papa et maman peuvent avoir. L’éducation n’est plus le fait de deux seuls experts, impliqués et maladroits. Le monde entier est un sage. »[2]

« L’enfant de la télévision est en phase avec les actualités en continu pour ‘adultes’ ‒ inflation, troubles, guerre, impôts, crime, beauté en maillot. Il est perdu dans un système éducatif hérité du XIXe siècle où l’information est rare, mais ordonnée et structurée en catégories, sujets, programmes classés et distincts. »[3]

« Le public, au sens d’un consensus de points de vue autonomes et différents, n’existe plus. La masse lui a succédé. Elle peut être utilisée comme force créatrice et participative. »[4]

Sans doute, ce qu’il annonçait était trop en avance sur son temps pour être jugé vraisemblable par ses contemporains qui ont dû y voir une fantasmagorie d’intellectuel soucieux d’originalité. Aujourd’hui, ce qu’il annonçait est devenu réalité et ce qui ne l’est pas encore mérite d’être médité.

[1] Marshall McLuan et Quentin Fiore, The Medium is the Massage, Londres, Penguin Books, 2008, p.12. Nous traduisons.

[2] Ibid., p.14.

[3] Ibid., p.18.

[4] Ibid., p. 22.

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