Repentance

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La repentance concernant des faits historiques est une mode à laquelle s’adonnent certains gouvernements, notamment français.

Se repentir de méfaits commis dans le passé est une posture qui peut paraître avantageuse sur le plan moral, mais dont on peut se demander si elle a vraiment un sens.

Ces repentances sont exprimées au nom de la Nation, mais les composantes de celle-ci ne cessent de changer et sont extrêmement diverses. À chaque génération, des familles disparaissent et sont remplacées par d’autres, nées ailleurs. La repentance s’exprime-t-elle également au nom de ces nouveaux venus au titre de leur intégration alors qu’ils étaient étrangers aux faits et souvent descendants des victimes des actes dont on se repent, ou bien un codicille les exonère-t-il du devoir de repentir ? Mais alors, appartiennent-ils vraiment à la Nation ?

Le temps ayant le même effet que l’espace, aucun contemporain ne peut être jugé coupable des crimes d’hier. Si tel est le cas, quelle valeur peut avoir alors une repentance pour le compte d’autrui ?

Par ailleurs, si on considère que la repentance a une valeur, peut-on la limiter à certains faits historiques et ne pas considérer également tous les autres dont ont souffert injustement certaines populations ?

Il faudrait que notre composante romaine se repente d’avoir asservi notre composante gauloise, que notre composante barbare se repente d’avoir asservi nos ancêtres romains, qu’au nom de ceux-ci on se repente de la persécution de nos ancêtres chrétiens et qu’an nom de ceux-ci on se repente de l’Inquisition, qu’on se repente des crimes de la Révolution, des guerres napoléoniennes au nom de nos ancêtres mobilisés par l’Empire, des guerres coloniales au nom de nos ancêtres républicains, des crimes contre les Juifs et autres victimes de la guerre au nom de nos pères collaborateurs, et au nom de leurs frères résistants, des règlements de compte d’après-guerre ?

Chacun a hérité de gènes dont les porteurs successifs au cours de l’histoire ont été tour à tour du côté des assassins et des victimes.

Les faits historiques ne peuvent, ne doivent pas être ignorés, et encore moins niés. Mais ceux qui vivent aujourd’hui ne doivent être jugés que sur ce qui résultera de leur action commune et non sur un passé auquel ils n’ont pas pris part et qu’ils peuvent regretter.

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