Perspectives démographiques

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La dernière prévision des Nations-Unies sur l’évolution de la population mondiale d’ici la fin du siècle s’élève, en hypothèse moyenne , à 11 milliards d’individus.
La démographie est un champ où les prévisions sont réputées plus faciles et plus fiables qu’en tout autre domaine: pour autant, alors que se franchissait tout juste la barre des 6 milliards, les Nations-Unies chiffraient la population mondiale en 2100 à 9,3 milliards; en quinze ans, elles ont majoré cette prévision de 2 milliards , ce qui décrédibilise l’exercice et donne à penser que le résultat publié est influencé par la volonté de ne pas inquièter. Par ailleurs , il s’agit d’une hypothèse dite moyenne, une hypothèse haute évoque un chiffre supérieur à 16 milliards cependant que l’hypothèse basse prévoit une certaine régression par rapport à la situation actuelle.
L’ampleur d’une telle fourchette enlève tout intérêt à la prévision puisqu’elle reconnait comme possibles des risques opposés auxquels on ne peut se préparer simultanément.
Supposons qu’on retienne l’hypothèse moyenne comme crédible, passer de 7,3 millards à 11 dans l’espace d’une vie humaine constitue un véritable défi pour la planète, d’autant plus difficile à relever que de nombreuses ressources non renouvelables sont en voie d’épuisement. Mais cette approche globale cache un défi beaucoup plus sérieux encore: la croissance n’interviendra que dans une partie seulement du monde, essentiellement l’Afrique, en particulier le Nigéria qui détiendra la 3ème population mondiale après l’Inde et la Chine; la population d’une autre partie du monde augmentera modérément et une autre, l’Europe, y compris la Russie, va voir sa population régresser en valeur absolue et vieillir; la population active y baissera donc plus rapidement encore. Les pays qui vont croître le plus rapidement sont pauvres , inorganisés , souvent perturbés par des conflits ethniques ou religieux et leur croissance va se produire essentiellement dans les villes, notamment les plus grandes: La Banque mondiale considère que la tendance à la concentration urbaine ne doit pas être vue négativement, mais comme une opportunité, ce qui peut être vrai là où existent capacité d’investissement et maitrise politique, c’est à dire seulement dans une minorité de cas
Il est difficile d’imaginer que ces pays puissent simultanément résoudre leurs problèmes actuels et faire face à l’explosion démographique et urbaine qui les attend.
Les hypothèses de moindre croissance reposent sur une baisse du taux de fécondité qui s’accélèrerait et sur la l’éventualité d’un taux de mortalité qui régresserait moins vite que dans la période récente; il est vrai que des pandémies et des épidémies telle que celle du sida, pourraient un jour ne pas être controlables et que des désordres liés à des conflits pourraient avoir une incidence, mais des événements aussi catastrophiques que la grippe espagnole (50 millions de morts) et les deux guerres mondiales ( respectivement 20 et 60 millions de morts) ne feraient perdre que quelques années de croissance.
Il est évident qu’on ne peut imaginer une Afrique dont la population triplerait à côté d’une Europe en implosion démographique sans que se créent de puissants flux migratoires, sans commune mesure avec ce qu’on connait aujourd’hui, d’autant que la vielle Europe manquera de bras; le même phénomène se produira également, à moindre échelle , entre d’autres bassins démographiques.

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