Objectifs et outils d’un système de santé national

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

Les objectifs sont au nombre de trois :

  • avoir le meilleur niveau de santé publique
  • permettre à tous d’accéder à ces soins
  • maitriser les dépenses globales de manière à ne pas peser sur les niveaux de vie et la compétitivité du pays.

Les objectifs de qualité et d’universalité sont, dans une certaine mesure opposés à ceux de maitrise des coûts. Un dispositif public est nécessaire pour assurer l’universalité, pour procéder à de grandes opérations de prévention, élaborer des normes de qualité, définir les besoins en matière de recherche que l’exploitation des data qu’il possède met en évidence et exercer une action de régulation sur les grands acteurs du système de soins, hôpitaux, laboratoires pharmaceutiques, etc…

Pour indispensable qu’il soit, un tel dispositif public qui est en France représenté par l’ensemble Ministre/Sécurité Sociale, a néanmoins des limites et des handicaps. Il lui est en particulier difficile de résoudre les contradictions efficacité/coût ; les prestataires de soins auxquels s’applique la régulation macroéconomique ont une capacité de résistance politique très forte comme l’illustre la difficulté de fermer des hôpitaux locaux considérés comme non viables.

Les monopoles tendent, partout et de tout temps, à la bureaucratisation ; ils développent une culture administrative opposée à la recherche d’efficacité et au changement, c’est-à-dire à l’innovation, pourtant indispensable en matière de santé tant en termes de qualité du service rendu au patient qu’en termes de coût.

Pour contourner ces difficultés, le dispositif public doit être complété par des initiatives privées, de la part des financeurs, assureurs et mutuelles ou des prestataires de soins, réseaux de cliniques ou de praticiens par exemple.

Ces organismes étant en concurrence doivent en permanence rechercher l’efficacité économique et la satisfaction des patients, dont on sait qu’elle s’exprime désormais avec force sur les réseaux sociaux.

Pour ce faire, les financeurs sont à même d’exercer une régulation économique sur les prestataires de soins : abordés au niveau individuel, la défense des intérêts de ces derniers passe par un échange « prix, qualité contre volume d’activité » qui permet de s’attaquer aux rentes de situation.

La concurrence les amène à innover : c’est donc un vecteur de progrès technologiques ou organisationnels par opposition au conservatisme des structures monopolistiques.

Les nouvelles thérapies biologiques, très couteuses, sont ainsi adoptées avec retard par un dispositif monopolistique réticent à l’égard du changement, qui craint de surcroit leur coût, alors que l’abaissement de celui-ci par l’acquisition d’une courbe  d’expérience suppose d’expérimenter et de commencer par les diffuser  sur une base plus limitée ce que peuvent faire des acteurs du secteur concurrentiel.

Enfin, dans une population  devenue  très hétérogène, la notion de qualité nécessite une adaptation aux demandes spécifiques qu’un organe unique et monopolistique ne veut ni ne peut réellement prendre en charge : la personnalisation  des services aux frais des bénéficiaires, allège de plus la charge collective.

Pour toutes ces raisons la plupart des pays développés ont organisé leur système de santé sur la base de la coexistence d’une partie publique et d’un secteur privé.

Au moins ceux-ci sont imbriqués, au plus des effets bénéfiques résultant de leur spécificité s’additionnent.

Le modèle français est au contraire celui de l’imbrication totale des deux secteurs avec pour conséquence, mais aussi  pour objectif de la part du secteur public, d’éviter que le secteur privé ait une véritable valeur ajoutée.

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