Micro ou macro ?

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La cohérence entre l’action individuelle de chaque membre d’une collectivité et l’intérêt collectif est un problème permanent et universel dont la solution ne peut venir, selon les tenants du collectivisme, que de la contrainte tandis que pour d’autres, en accord avec Adam Smith, la recherche par chacun de ses intérêts conduit mécaniquement à l’optimum collectif.

L’idée que la poursuite de l’intérêt individuel conduit systématiquement à l’optimum collectif est manifestement fausse : l’existence d’une économie de prédation fondée sur le vol, l’escroquerie, les trafics, la corruption, le démontre et les activités légales présentent une palette équivalente d’actions plus ou moins nuisibles à l’intérêt général.

Le caractère illusoire de la thèse opposée a été également démontré par la faillite généralisée des économies planifiées.

Pour que la recherche de l’intérêt individuel conduise à l’optimum collectif, les règles du jeu doivent être modifiées, c’est-à-dire que l’équilibre naturel des risques, des efforts et des récompenses soit modifié : ce qui est franchement nuisible doit être interdit et sanctionné, ce qui n’a pas d’utilité notable, tout juste toléré et ce qui est utile franchement encouragé et récompensé par la collectivité elle-même.

La recherche de la cohérence des objectifs individuels et collectifs n’est toutefois pas facile ; c’est une erreur couramment commise de penser qu’il est systématiquement possible de définir des actions qui optimisent le court terme et le long terme, l’ici et l’ailleurs, le micro et le macroéconomique.

Les intérêts individuels et collectifs s’opposent sur chacun de ces plans.

La recherche d’un optimum court terme non seulement diffère mais le plus souvent s’oppose à la recherche de l’optimum à long terme : une entreprise qui veut optimiser ses résultats court terme doit cesser de faire de la recherche ou de la publicité, utiliser un équipement amorti plutôt qu’un équipement neuf et l’inverse pour le long terme.

Il en est de même pour l’horizon spatial : chaque ville, chaque région peut rechercher son développement dans l’implantation d’entreprises dont l’optimum national imposerait qu’elle se fasse ailleurs et l’optimum mondial ailleurs encore.

Il peut y avoir des conséquences positives pour un espace/temps de choix visant à optimiser un autre espace/temps et cet espoir peut fonder la recherche de compromis, mais ce n’est aucunement systématique, souvent impossible et toujours subordonné à l’explicitation des objectifs poursuivis.

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