L’impasse

Publié en 2016
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

La C.G.T. tente de bloquer l’économie française pour obtenir le retrait de la loi El Khomri. Le modeste contenu de ce projet de loi ne justifie certainement pas, en lui-même, un tel baroud, mais quel qu’en soit l’issue, il doit nous conduire à réfléchir sur la situation réelle de la France et son évolution.

Sa situation dans l’ensemble international  est plutôt bonne et son évolution plutôt négative ; si certaines décisions récentes des pouvoirs publics ont renforcé le caractère négatif de l’évolution, il ne s’agit pas des causes premières. Une amélioration, non de tendance, mais de la situation elle-même, apparaît impossible sans un passage préalable par une période de crise dont les difficultés actuelles ne sont qu’un signe avant-coureur.

La bonne situation relative de la France combinée avec quelques traits culturels, est la première des causes de ces difficultés.

Un peuple qui vit bien, non seulement en raison de son niveau de revenus, mais au moins autant du fait d’un environnement et de mœurs agréables et qui vieillit est naturellement conservateur. Que vouloir de plus ? Ce serait de mauvais gout et prendre des risques hasardeux. La préférence pour la fonction publique exprimée par les candidats à la recherche d’un emploi, régulièrement constatée par des enquêtes, traduit un trait culturel fort et ce n’est pas uniquement la sécurité de l’emploi dont nos concitoyens rêvent à travers le statut de fonctionnaire, bien que celle-ci fasse naturellement partie du souhait de pouvoir disposer d’une vie relativement agréable, sans excès de stress, dans un environnement humain stable et au service d’une cause valorisante, l’intérêt général.

Cette attitude est nourrie par la constatation que l’argent ne fait pas le bonheur et qu’au demeurant, se battre pour de l’argent quand on a faim ou, à l’inverse, pour devenir « un grand » de ce monde  peut se justifier, mais pas la perspective ouverte aux communs des mortels d’améliorer son sort de quelques centaines d’euros par mois.

Si l’emploi met en évidence cette culture de nos contemporains, ce n’est pas le seul domaine de la vie sociale qu’elle détermine.

Le principe de précaution, qui a une portée générale, signifie lui aussi : profitons de ce que nous avons et n’allons pas le mettre en risques dans des aventures.

La prolifération de la réglementation vise également à protéger le citoyen tout en créant des emplois dans la fonction publique ou proche de celle-ci.

Toutes ces aspirations ont un coût : on peut le reconnaître et l’accepter : il faut alors protéger son marché par des taxes, des règlements et une politique de change adaptée.

Le coût est celui de la bureaucratie et de la perte des avantages produits par la spécialisation internationale du travail.

Le problème de la France d’aujourd’hui est d’avoir voulu bénéficier à plein de la mondialisation et d’avoir renoncé, dans cette perspective, à la conduite de sa politique économique au profit d’organisations internationales, en voulant continuer à dépenser dans le cadre de politiques nationales, sociales, réglementaires, écologiques ou militaires.

Sauf heureux hasard, dont on ne peut espérer qu’il perdure, il y a incompatibilité.

On peut le cacher quelque temps en recourant à l’emprunt ou en faisant porter le coût de cette incohérence sur les populations les moins à même de se défendre ; mais un jour arrive fatalement où les expédients cessent d’être efficaces et où la majeure partie de la population est mécontente et se révolte à l’occasion d’une crise qu’elle suscite ou dont elle saisit l’opportunité.

Cette crise sera l’occasion de revenir à un certain équilibre en imposant des sacrifices tenant soit au retour à une forme de protectionnisme, soit en acceptant une dégradation provisoire mais immédiate des conditions de vie pour reprendre place dans les échanges internationaux.

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