Les primaires, une bizarrerie démocratique

Publié en 2016
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

En démocratie, le pouvoir est confié à des personnes élues par l’ensemble du corps électoral, c’est-à-dire tous les citoyens majeurs et juridiquement capables.

Les problèmes des sociétés modernes étant multiples et complexes, la possibilité que chacun puisse procéder à leur analyse, leur hiérarchisation et la recherche de solutions conformes à une certaine philosophie et puisse identifier les personnes capables de les mettre en œuvre n’existe pas ; ce rôle est confié à des organisations qui disposent des moyens humains et financiers nécessaires, les partis, et les citoyens n’ont plus qu’à espérer que celui qui annonce œuvrer dans le cadre d’une certaine philosophie, le fera aussi bien que possible.

Le mot « philosophie » est entendu ici comme un ensemble réputé cohérent de valeurs, de préférences culturelles et de défense de certains intérêts.

Comme toutes les institutions humaines, les partis politiques ont pour objectif propre leur survie avant le service aux citoyens qui leur font confiance, ce qui les rend peu efficaces, mais ils n’en restent pas moins indispensables. A défaut, sauf des intérêts puissants et auto désignés pourraient se faire connaître et élaborer des programmes de nature à répondre aux exigences de l’électorat.

Il appartient aux partis de désigner leurs champions pour participer aux élections, c’est-à-dire les personnes qui leur paraissent partager le plus complétement possible les objectifs du parti et disposer des qualités pour les mettre en œuvre. Cette désignation peut être faite par l’ensemble des adhérents au parti, ou une minorité telle que le comité de direction ; c’est à l’électeur ensuite d’apprécier, par son vote, l’ensemble de la démarche.

Des candidats non sélectionnés par les partis, soit qu’ils ne leur appartiennent pas, soit qu’ils n’aient pas été choisis, peuvent également se présenter, charge à eux de convaincre le corps électoral de l’existence et de l’intérêt de leur philosophie, de la pertinence de leur programme et de leur compétence à le mettre en œuvre. Les électeurs ont ainsi le choix entre les programmes et les représentants désignés des partis, censés vouloir et être capables de les mettre en application, et des candidats libres.

Le principe des primaires introduit une différence majeure : vendue à la population comme un processus démocratique, puisque basée sur un vote, elle s’en éloigne en fait substantiellement dans la mesure où le corps électoral n’est pas défini. Elle ne constitue pas même un sondage dont les sondés seraient définis par analogie au corps électoral complet.

Cette procédure enlève pratiquement toute chance à un candidat qui ne participe pas à cette procédure ; si tous les grands partis procèdent de même, l’heureux élu aura, de fait, été désigné par une primaire dont l’électorat indéfini se prête à des manœuvres obscures à l’intérieur des partis et entre partis.

La démocratie, c’est le vote, mais certains votes peuvent cacher des atteintes à la démocratie !

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