Le terrorisme pose aux sociétés occidentales un problème douloureux

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

Le terrorisme pose aux sociétés occidentales un problème douloureux, pratiquement impossible à éradiquer à court terme.

Les causes sont nombreuses. L’histoire du monde est faite de confrontations permanentes et seul un angélisme coupable peut conduire à penser que les causes qui ont amené les sociétés à s’entretuer pendant des siècles ont brusquement disparu. Il y a, dans le djihadisme, vraisemblablement une volonté de revanche contre les colonisateurs d’hier, mais aussi la volonté de repartir à la conquête de terres autrefois colonisées par les musulmans en Europe : certains Imans n’ont -ils pas revendiqué « La reconquista », c’est-à-dire, en reprenant à leur compte le terme espagnol désignant la libération de l’Espagne catholique du joug musulman, le rétablissement de ce joug ? Et les barbaresques n’ont-ils pas considéré pendant des siècles l’Europe comme un terrain de chasse pour capturer des esclaves et garnir les harems ?

A ces grandes motivations globales qui ont de tout temps entrainé dans des conflits sanglants des hommes et des sociétés individuellement pacifiques s’ajoutent des motivations individuelles qu’analyse Gilles Kepel dans son livre « Terreur sur l’hexagone » en particulier chez les convertis.

En fait, une fraction croissante de la population éprouve des difficultés d’ajustement entre vie intérieure et environnement social et familial. Ce problème peut s’exprimer par des manifestations purement individuelles -problèmes psychologiques, usage de drogues- ou à travers l’adhésion à des schémas proposés par la société sous forme d’idéologies, de sectes mais aussi d’engagements dans des activités diverses que la société considère comme normales et utiles.

Ces formes d’expression changent avec les époques : même la folie à ses modes- et le mécanisme est probablement intemporel et universel mais la société moderne est particulièrement favorable au développement des manifestations les plus spectaculaires : en raison de l’influence des médias : après plusieurs attentats djihadistes à la voiture bélier, d’autres ont suivi s sans motif politique de la part de déséquilibrés sans motif particulier. La vie devient en effet de plus en plus difficile du fait des évolutions des paramètres sociaux : travail, environnement affectif, famille ; tout bouge et ce changement exige des efforts que tout le monde ne peut pas faire aisément. Alvin Toffler observait déjà il y a 40 ans que l’accumulation dans un temps limité de 2 ou 3 changements dans l’emploi, le lieu de résidence et la situation familiale, conduisaient le plus souvent à l’échec.

Face à ces difficultés accrues, les soutiens traditionnels – le village, l’environnement professionnel, l’église, la famille, le syndicat, l’armée – se sont effacés au profit d’une liberté individuelle plus grande qui est aussi solitude et fragilité.

Il y a donc un besoin d’éléments de soutien, de simplification réelle ou apparente ou d’anesthésie…

C’est une faiblesse en soi pour toute société. C’est une faiblesse relative plus grande encore face à des sociétés qui n’ont encore connu ni les bénéfices ni les manques de nos sociétés modernes.

Par ailleurs nos sociétés sont devenues très hétérogènes : l’équilibre humain n’existe pas en dehors de rapports positifs avec la société ; ces rapports comportent des contraintes.

Le regroupement d’une multitude de personnes dont chacune définit ses propres règles de vie et les contraintes qu’elle accepte, différentes de celles de l’autre, ne forme pas société : l’autre devient une ressource à exploiter et n’est plus « un frère », un membre de la communauté. Cela a toujours été le cas. Les européens ne se sont pas privés de considérer les autochtones d’Amérique de cette manière.

On attribue parfois le djihadisme, sinon pour le justifier du moins pour tenter de le comprendre, au désir de revanche sur le colonialisme ; certains veulent le désarmer en pratiquant la repentance. Ce n’est pas seulement inutile, mais encourage le phénomène qu’on prétend réduire.

La repentance ne peut qu’être liée à une responsabilité personnelle et les vivants d’aujourd’hui ne sont pas responsables de ce qu’ont fait leurs aïeux ; au demeurant, dans la population actuelle de la France, il serait sans doute difficile d’identifier une seule personne dont la multitude d’ancêtres à travers les âges n’ait pas été à la fois victime et acteur de faits regrettables ; gaulois, romains, barbares, chrétiens et non chrétiens, nobles et roturiers, révolutionnaires, conquis et conquérants, maitres et serfs ou esclaves, se sont allègrement trucidés à travers les âges. La repentance met sur les épaules des vivants d’aujourd’hui une responsabilité qui n’est pas la leur mais créé un droit de revendication qui alimente la révolte de ceux qui s’estiment victimes à tort ou à raison.

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