Le référendum grec

Publié en 2015
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Selon Winston Churchill, la démocratie est le pire des régimes à l’exception de tous les autres. Le référendum grec vient d’en donner une nouvelle preuve.

Il est évident que la Grèce n’aurait jamais dû adhérer à l’euro. Le respect de quelques critères formels rapidement et frauduleusement atteints ne prouvait pas la capacité de la Grèce à y tenir sa place. Elle a été intégrée par la volonté de quelques dirigeants, reconnaissants à la Grèce de nous avoir éclairés de ses lumières, il y a plus de deux mille ans. Cet apport fonde son appartenance à l’ensemble culturel européen, mais n’a rien à voir avec l’aptitude à s’adapter à un mécanisme monétaire contraignant. La volonté d’un appareil communautaire européen technocratique, soucieux d’agrandissement plus que de bon fonctionnement, puisqu’il profite du premier sans souffrir des manquements au second, a poussé dans ce sens. Le peuple grec a voté la sortie de l’euro et corrigé cette erreur.

Le reproche qu’on peut faire à la troïka n’est pas d’avoir eu des exigences excessives, mais de prétendre amener la Grèce en crise à la situation qui aurait dû être la sienne avant son intégration plutôt que de proposer sa sortie organisée et aidée de l’euro.

L’ensemble des décideurs, trop soucieux de leur gloire à court terme, a délibérément ignoré le temps et la difficulté des adaptations sociales. Une monnaie unique suppose un espace économique relativement homogène. Du temps et des efforts sont nécessaires pour y arriver. Les hommes et des capitaux doivent se déplacer là où leur présence est la plus efficace. Autrement dit comme cela a été le cas en France par exemple, il faut des migrations internes, la création de déserts économiques et, corrélativement, l’arrivée d’hommes et de capitaux dans d’autres territoires. Cela ne peut être accepté qu’avec le temps ou la contrainte.

La logique du pire qui guide les institutions devrait les conduire à tenter de sauver l’appartenance de la Grèce à l’euro, seule manière de préparer d’autres problèmes pour demain. Espérons que quelques réactions démocratiques ici ou là réussiront à faire barrage et à faciliter le passage de la Grèce à une économie responsable hors de l’euro.

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