Le progrès en débat

Publié en 2011
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’institut Diderot a réuni le 8 février dernier, dans les locaux du Sénat, un prestigieux aréopage pour évoquer le progrès, son histoire, sa signification, sa pratique et son avenir.

La nécessité d’un débat s’impose en effet alors que le consensus qui a caractérisé la perception du progrès depuis le XVIIIe siècle est brutalement remis en cause.

Mais le progrès n’est pas un concept simple. Il associe différentes dimensions qui n’ont pas toujours été associées.

Le mot recèle, certes, l’idée d’un mouvement vers le mieux, mais également la possibilité d’une évolution négative, puisque la maladie elle-même peut progresser.

Dans sa conception moderne, depuis la révolution scientifique du début du XVIIe siècle, il associe l’extension des connaissances, l’amélioration des techniques, le progrès économique que permettent celles-ci et le progrès social, avec l’espoir que l’ensemble de ces évolutions apporte paix, épanouissement politique et, en fin de compte, bonheur.

Cette conception est historiquement située. La science n’a longtemps prétendu qu’au progrès des connaissances. La technique s’est développée, par exemple chez les Romains, sans apport scientifique majeur. Les philosophes grecs ont pensé le progrès humain seulement comme progrès de la connaissance, de la morale et de l’organisation politique.

L’association de la science et des techniques a permis un fantastique progrès économique, et celui-ci a fourni les moyens d’une recherche scientifique de plus en plus puissante, mais de plus en plus mise, de ce fait même, au service de la technique et de l’économie.

Le développement de l’économie a permis un progrès social incontestable, au sens d’une amélioration des conditions de vie, de la santé, de l’éducation et de la liberté.

Mais ces progrès ont eu des conséquences collatérales longtemps ignorées. Ces effets délétères sont aujourd’hui un frein, voire la cause d’un véritable régrès. La science et la technique sont tenues responsables du changement climatique, de la pollution, de la dégradation des sols, de la surexploitation des ressources, d’atteinte à la biodiversité. Elles rendent progressivement la Terre invivable. Elles aliènent l’homme en le réduisant, comme travailleur, au rôle d’instrument, et comme membre de la société, à celui de consommateur.

La science, la technique, le développement économique associés ont donc eu des conséquences positives sur le bien-être à court terme. Mais elles n’ont apporté ni la paix ni le bonheur. En cause, les frustrations qu’entretient toute économie de consommation, et le sentiment de culpabilité que l’accumulation de dettes propre à cette économie ne peut manquer d’alimenter.

Science, technique et développement économique n’ont pas davantage apporté, comme Condorcet l’espérait, l’égalité des peuples et des hommes.

Certes. Mais comment répondre à ces nouveaux défis sans de nouveaux progrès dans la connaissance ?

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