Le cycle de vie des partis politiques

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Une démocratie ne saurait fonctionner sans partis politiques car les problèmes des sociétés modernes sont d’une complexité qui échappe largement au citoyen isolé.

Dans la pire des hypothèses, il ne dispose que de ressenti par rapport à sa situation personnelle dont il souhaite légitimement l’amélioration, sans pouvoir identifier de manière certaine les mesures nécessaires et leurs conséquences collatérales sur le reste de la société. Dans la meilleure des hypothèses, le citoyen a quelques lumières sur certaines dimensions de la vie publique proches de ses préoccupations, mais il a tendance à privilégier celles-ci au détriment des autres aspects de la vie sociale. Sans nécessairement éviter totalement ces difficultés, les partis disposent de moyens humains et financiers leur permettant d’acquérir une meilleure connaissance des situations et des conditions de leur évolution. Ils sont, en principe, capables de définir collectivement une programmatique répondant aux exigences de la réalité dans le respect d’une idéologie, puis de choisir les personnes capables de la mettre en œuvre.

Malheureusement, les partis politiques, comme toutes les structures sociales, sont créés en vue d’une mission et finissent par perdre cet objectif de vue pour fonctionner uniquement en fonctions de leurs intérêts propres et de ceux de leurs animateurs. Conquérir du pouvoir, des privilèges, assurer sa pérennité et sa prospérité, placer ses hommes … L’affaire n’est pas nouvelle.

A la renaissance, le clergé catholique était tombé dans ces excès. Bien des mouvements révolutionnaires, initiés par des idéalistes au service désintéressé d’une conception de la vie et d’un groupe social finissent en bureaucraties incapables, préoccupées de leurs seules pérennité et prospérité ! Le phénomène existe dans des administrations, des entreprises ou des associations en fonction de leur ancienneté.

Il en est de même des partis politiques. Les électeurs ont réalisé que les grands partis avaient désormais pour seules préoccupations de détecter les attentes des électeurs pour rédiger un programme marketing dans le but de gagner les élections sans se soucier de la pertinence du programme puisque l’intention n’est pas de le mettre en œuvre.

Le dégagisme qui a conduit à renvoyer dans leur foyer nombre d’élus et à réduire les moyens de nourrir les bureaucraties des partis centrées sur leur seul devenir sanctionne cette évolution.

Les structures politiques naissantes vont éviter provisoirement ce danger et les anciennes structures sont condamnées à disparaître ou se régénérer.

La même dérive ne peut manquer de se produire à terme et le besoin de renouveau renaîtra à nouveau.

Espérons que les responsables nouvellement élus en seront conscients et prendront des dispositions pour ralentir cette fossilisation, en limitant le nombre de mandats successifs des élus et en encourageant des membres de la société civile à risquer l’abandon provisoire de leur carrière pour le service de la collectivité.

Mais la vie est ainsi faite que quiconque se croyant utile veut que son utilité soit récompensée, non seulement quand elle est réelle, mais sans limite de temps, que le but originel ait été réalisé ou que l’évolution de l’environnement lui ait fait perdre toute pertinence.

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