Le bonheur du citoyen

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Un sentiment de ras le bol fiscal, qui s’était manifesté une première fois sous le quinquennat du Président Hollande est en train de renaitre.

Il existe un consensus assez large sur le fait que les prélèvements obligatoires dans notre pays sont excessifs, mais en même temps une grande réticence à la baisse des dépenses publiques ; en fait, il existe même une demande latente très forte pour leur accroissement, partiellement égoïste, qui a de tout temps existé comme le démontrent les textes de Frédéric Bastiat au 19ème siècle, mais également pour de bonnes raisons : la demande pour les services collectifs augmente avec le niveau de richesse du pays et plus vite que ce dernier. C’est compréhensible : quand les besoins fondamentaux sont satisfaits, c’est l’aspiration à plus d’éducation, de santé, de justice, de sécurité, de culture qui croit. Les milliardaires du pétrole en portent témoignage, eux qui malgré leurs richesses doivent aller faire leurs études à l’étranger, s’y faire soigner ou bénéficier de diverses infrastructures par exemple.

Payer moins et attendre plus est-il un symptôme de schizophrénie de l’ensemble des citoyens ou d’un clivage entre deux fractions opposées de la société ?

Sans doute un peu des deux, mais il existe en fait deux autres raisons :

Les revenus nets sont considérés par leurs bénéficiaires comme insuffisants et les prélèvements obligatoires en sont une cause facile à constater et donc à contester, mais l’insuffisance des revenus bruts, en est aussi la cause, non en raison d’une ponction excessive au profit du capital, mais de l’inefficacité  imposée aux entreprises par l’Etat sous forme d’exigences bureaucratiques extrêmement lourdes : il existe désormais dans l’entreprise des personnes et de couteux services informatiques qui pèsent sur la capacité des entreprises à rémunérer correctement le travail productif : la retenue à la source des impôts sur le revenu en est une dernière illustration.

C’est plus commode pour l’Etat de multiplier ces corvées, au  sein moyenâgeux du terme, plutôt que l’impôt, car son poids n’est pas chiffré, échappe à la perception et à la comparaison internationale : mais elles sont particulièrement délétères car, contrairement à l’impôt  demandé pour des services attendus, elles constituent  un véritable fardeau pour les citoyens.

Une seconde raison est le peu de souci des autorités publiques de l’agrément de vivre du citoyen. On disait autrefois que la morale catholique empêchait les médecins d’alléger la douleur des malades. Est-ce la même raison qui pousse les autorités publiques à ne pas se soucier de l’agrément de vie quotidienne des citoyens ?

Leur attitude à l’égard des automobilistes est de ce point de vue une illustration intéressante puisque c’est l’accroissement des taxes sur le diesel qui ravive les manifestations contre les impôts.

Il est souhaitable que la fiscalité tienne compte d’exigences écologiques, mais cette mesure ne vient-elle pas après des mesures contraignantes prises à l’encontre des automobilistes au motif de l’écologie, mais souvent sans raison ?

Réserver la circulation sur les berges de la Seine  aux véhicules électriques n’aurait-elle pas facilité la circulation générale, accélérer l’électrification du parc et au final réduit la pollution davantage que l’interdiction ? Certainement, mais les citoyens n’auraient pas souffert et n’auraient pas été punis… Le progrès n’aurait pas été vertueux. La multiplication récente des points de contrôle technique ne peut pas, contrairement aux premiers, prétendre sérieusement augmenter la sécurité routière, mais elle augmente surement le coût pour les automobilistes.

De même le passage de la vitesse limite sur les routes secondaires de 90 à 80 km heure est peut-être une mesure utile, bien que ce ne soit pas démontré, mais n’a-t-elle pas été prise sans se soucier des désagréments des citoyens ?

On peut citer, dans le même esprit, la hausse des taxes sur le tabac : la santé, voire la vertu, les justifie ; mais pour un jeune ou un smicard, qui sont les principaux fumeurs, les taxes sur les cigarettes représentent potentiellement 25 % de leur revenu  net : pour ceux qui n’ont pas cessé de fumer c’est une des causes des manifestations des gilets jaunes : beaucoup apparaissent, en effet, la cigarette à la bouche sur les écrans de télé.

L’addition de mesures diverses ayant des raisons différentes, mais la même conséquence pour les citoyens ; donne à penser que les dirigeants accordent à la difficulté de vivre une valeur rédemptrice.

En vérité, sans doute s’agit-il dans nombre de cas pure bêtise de leur part ; c’est aussi le fait de vouloir plaire à des lobbys ou des associations qui recherchent des solutions à un seul problème, ignorant délibérément les conséquences collatérales de ce qu’ils réclament.

Mais, même en se fixant de grandes ambitions, la politique ne devrait-elle pas respecter la règle que s’imposent les médecins : Primum non nocere ?

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