L’avenir de l’Europe

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Une partie croissante de la population conteste l’euro et l’Europe, mais bien peu souhaitent en sortir.

C’est une situation quelque peu paradoxale qui s’explique parce que les arguments en faveur de l’Europe et de l’Euro ne sont pas de même nature que ceux qui fondent l’envie d’en sortir : on peut être également convaincu de la validité d’arguments à priori opposés.

Le sentiment qu’une organisation européenne rapproche les peuples et constitue un facteur de paix, qu’elle favorise les déplacements des hommes et des marchandises est très largement partagé.

Pour autant, certains pays en profitent, d’autres en souffrent et ont le sentiment que l’Europe les empêche de jouer leurs cartes.

Ceux qui profitent du système sont les plus puissants et les plus motivés pour le conserver. Les plus faibles, la Grèce, l’Italie, par exemple, l’ont accepté en raison d’avantages initiaux, réels ou supposés, mais se trouvent in fine dans une situation désavantageuse et trop faibles pour obtenir un changement quelque puisse être la posture des partis qui le demandent ; il n’y a que la sortie, plus difficile encore pour un adhérent à l’Euro que le Brexit.

Une monnaie unique est un facteur de progrès économique global, mais d’inégalité : en l’occurrence l’Allemagne, dont l’industrie est puissante, bénéficie d’une sous-évaluation de l’euro, due aux déficits extérieurs des autres pays : elle exporte beaucoup, accumulant des excédents de sa balance des paiements qui feraient monter le Deutschemark par rapport aux autres devises, si c’était encore sa monnaie, jusqu’à ce que sa balance commerciale revienne vers l’équilibre.

A l’inverse, les pays faibles sont confrontés au handicap d’une monnaie trop forte, dopée par les exportations allemandes ; ils ont du mal à exporter et importent trop : alors qu’une dévaluation de leur monnaie leur permettraient de trouver un nouvel équilibre, la situation actuelle est vouée à s’aggraver, sauf dramatiques efforts de productivité à coût social élevé que refusent à juste titre les peuples. Les réglementations uniformes et la monnaie unique conduisent à ce qu’on a vu dans tous les pays lorsque les Etats se sont unifiés et dotés d’une monnaie unique : la concentration de la richesse dans certaines zones, comme la Région Parisienne, et la création de déserts.

Evolution toujours regrettable, mais atténuée dans un pays du fait que les migrations internes sont facilitées par l’identité de langue et de mœurs ainsi que la facilité des transports internes, plus difficiles entre pays différents.

Tout déséquilibre exponentiel finit par une explosion. Il est donc vital pour quiconque est favorable à l’Europe et l’Euro, d’œuvrer à son évolution.

L’Allemagne s’y opposera ; mais, alors que l’Europe aurait dû se faire au départ seulement avec un noyau de pays forts, c’est le plus fort d’entre eux qu’il faut désormais faire sortir s’il n’accepte pas de partager sa prospérité avec ceux qui en paient le coût.

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