L’accompagnement de la dépendance

Publié en 2011
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Au niveau politique, la dépendance est considérée presque exclusivement sous l’angle de son financement.

C’est limiter le problème, comme on a fait (et avec le succès que l’on sait…) à celui de l’équilibre des comptes de l’assurance maladie.

Le coût de la dépendance dépend d’abord d’aspects culturels et éthiques qui définissent l’attitude de la société envers la fin de vie. Ainsi, la période la plus coûteuse est celle qui précède le décès et pose clairement les problèmes de l’acharnement thérapeutique et de l’euthanasie. Problèmes difficiles, mais qu’on ne peut indéfiniment recouvrir d’un voile de bonne conscience, au prétexte que la vie doit être préservée coûte que coûte et quel qu’en soit l’attrait pour les intéressés.

Le second niveau d’analyse doit s’intéresser à la prévention de la dépendance. On sait que la fréquence et l’intensité de la dépendance d’origine neurobiologique peuvent être atténuées par une vie active et équilibrée que beaucoup de personnes âgées et isolées n’ont plus. Il faut les aider dans ce sens.

Enfin, les conditions de la prise en charge des dépendants déterminent largement son coût.

La dépendance lourde (AGIR 1 et 2) appelle la mise en institution et donc une action vigoureuse pour promouvoir des structures adaptées.

La dépendance la plus fréquente et la plus longue correspond à une intensité moindre humainement et économiquement (AGIR 3 et 4). La mise en institution des personnes ayant ce niveau de handicap est une catastrophe. Le soutien familial constitue la meilleure solution. Celle-ci est cependant rendue difficile par les évolutions sociétales (décohabitation, dispersion géographique et recomposition des familles, âge avancé des enfants des personnes devenant dépendantes, etc.) Il faut néanmoins l’encourager financièrement, ainsi que toutes les formules publiques ou privées, associatives ou commerciales, de nature à permettre aux intéressés de rester chez eux aussi longtemps que possible. Quand une personne peut subsister avec une aide ménagère, une adaptation de son logement, un soutien moral périodique, le tout pour quelques certaines d’euros chaque mois, sa mise en institution dégrade sa qualité de vie et amplifie le coût dans une proportion considérable.

Pour ces personnes, la suppression de l’aide fiscale à la personne est malvenue. Son doublement, au profit de celui qui la finance – intéressé ou proche –, dès lors que le classement AGIR 3 ou 4 est prononcé, serait au contraire une mesure d’accompagnement particulièrement souhaitable. Ce serait même, à terme, une source d’économies.

De multiples initiatives pourraient voir le jour si les conditions de leur financement étaient clarifiées. Il ne s’agit pas de demander de l’argent à un État qui en manque. Au contraire, le but est de permettre à la collectivité de faire des économies en définissant les conditions juridiques et financières nécessaires à ces initiatives.

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