La vie est chère

Publié en 2013
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La vie est chère entend-on de toute part. Les revenus sont insuffisants, les impôts trop élevés et les prix des produits de consommation excessifs.

Quelle est la part du vrai et de l’illusion ? Les choses ne sont-elles pas toujours trop chères pour ceux dont les besoins, spontanés ou suscités par une publicité omniprésente, ne peuvent jamais être totalement satisfaits ?

Le problème est pourtant réel. Le SMIC ou une petite retraite permettent à peine de faire ses courses, et encore.

Mais la situation s’est-elle réellement dégradée, comme les Français en ont l’impression, ou bien les difficultés du passé étant oubliées, celui-ci apparaît plus beau qu’il ne l’était ? Ce deuxième facteur joue certainement. De nombreux ménages diffèrent certaines dépenses, notamment pour rembourser un emprunt immobilier. Il peut s’agir de la voiture, de la garde-robe, des loisirs. Mais ces dépenses ne peuvent être indéfiniment repoussées. Bien qu’on se soit longtemps serré la ceinture, l’achat s’accompagne alors d’un sentiment d’appauvrissement.

Des raisons objectives existent aussi.

En France, entre 2000 et 2010, le PIB en volume s’est accru de 11 % et la population de 5 %. Le PIB par habitant a donc un peu augmenté, il ne s’agit que d’une apparence. En réalité, la répartition des revenus et des patrimoines s’est modifiée au profit de la moitié de la population la plus aisée, qui a récupéré l’essentiel de la croissance.

La seconde raison est l’augmentation des prélèvements obligatoires. Celle-ci est parfois manifeste, comme dans le cas de la CSG ou des impôts locaux. Mais, bien souvent, les Français n’en ont pas directement conscience. Ainsi ignorent-ils que lorsqu’ils paient leurs primes d’assurance automobile, le tiers de celles-ci va à l’État. De même, lorsqu’ils achètent un bien de consommation qu’ils trouvent trop cher, ne soupçonnent-ils pas l’importance des taxes payées par chaque intermédiaire : commerçants, transporteurs, fabricants, fournisseurs, propriétaires immobiliers, banquiers, assureurs et tous les autres prestataires. À cela s’ajoutent des tâches coûteuses, mais sans intérêt pour la production, à la charge de tous. Au Moyen Âge, on aurait appelé cela des corvées.

Les prélèvements obligatoires ont de multiples fins : investissement public, redistribution sociale, traitement des fonctionnaires. Le consommateur qui trouve trop élevé le prix de son caddy au supermarché doit se dire qu’il cofinance ceux des clients qui l’entourent dont le revenu vient de ces sources.

D’un point de vue plus général, il faut rappeler que le traitement des fonctionnaires, conventionnellement, contribue au PIB à concurrence de son montant. Pour pratique que soit cette convention, elle n’en est pas moins trompeuse : si l’État décidait d’engager tous les chômeurs, le PIB augmenterait brutalement, mais la quantité réelle de produits n’augmenterait pas pour autant. Le niveau de vie de la population productive serait réduit du coût des prélèvements supplémentaires nécessaires au paiement de ces nouvelles recrues.

Dans l’ensemble, bien que d’une manière plus insidieuse, c’est bien ce qui s’est passé.

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