La parité de pouvoir d’achat

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La comparaison des niveaux de vie entre pays est un exercice utile, tant aux individus  qui ont des intérêts dans plusieurs pays qu’aux Etats et aux organisations internationales qui ont  besoin d’évaluer leurs partenaires, mais c’est un exercice difficile qui ne peut en aucun cas prétendre à l’exactitude et la  rigueur, car les résultats dépendent largement de la méthode choisie.

La première approche, la plus simple, est de comparer les revenus –ce qui suppose qu’ils soient connus- et à les convertir dans une même monnaie au taux de change réel (moyenne d’une période par exemple).

Le niveau de change reflète d’abord les résultats de la balance des paiements et le statut international de la monnaie, et manque donc de pertinence par rapport au budget d’un ménage.

Ensuite les prix peuvent être très différents d’un pays à l’autre. Si un américain a un revenu dans l’année, de 10 000 dollars et un indien de 1 000 dollars, mais que le prix d’un même panier de marchandises y est 10 fois inférieur, les deux peuvent acheter la même chose et disposent donc d’un pouvoir d’achat identique.

Cette approche est déjà plus réaliste, mais encore faut-il que le panier de biens ait la même utilité.

La capacité d’acheter le même nombre de shorts et de pelisses de fourrures d’un esquimau et d’un caraïbe définit une égalité arithmétique qui n’a pas de sens, car les besoins sont totalement différents et les prix eux-mêmes varient en fonction de l’utilité globale d’un bien : un produit peu utilisé dans un pays et donc rare est souvent plus cher que l’inverse. Mais surtout, les besoins différent fondamentalement il y a des pays où la vie est relativement facile et les besoins moindres ; aussi, entre un canadien et un caraïbe, la différence climatique  va imposer au premier des consommations en termes, d’habitat, de chauffage, d’alimentation, de vêtements et vraisemblablement de transports très différents.

Apparaît ensuite une autre difficulté : un produit de même utilité –une voiture par exemple – peut être produit localement dans un pays, importé dans un autre.

Si le salaire moyen est de 10 000 dollars par an dans un pays et de  1 000 dollars dans l’autre, les bénéficiaires de ces revenus peuvent acheter un an de travail local. Ils sont à égalité, aux écarts de productivité près, pour tout ce qui est achat de prestations fabriquées totalement dans le pays.

Par contre, même si le prix de vente d’un bien est identique, lorsque celui qui gagne 100 importe un objet valant 1 000, celui-ci équivaut à 10 mois de son revenu.

Dans le sens inverse, le pouvoir d’achat est multiplié par 10.

Le panier de référence contient généralement un ensemble de biens d’usage courant, utilisés par la plus grande partie de la population dont certains sont importés ; en fait, des niveaux de développement et des structures sociales très différentes conduisent à des paniers  réels différents ; ainsi, dans un pays relativement pauvre, la grande masse de la population va consommer essentiellement des biens locaux, tandis que la population aisée va consommer davantage de produits importés très chers par rapport à son revenu : la réalité sera plus favorable aux pauvres que ne le donne à penser la comparaison des niveaux de vie en parité du pouvoir d’achat et inversement.

Cette difficulté illustre l’extrême difficulté de la science économique à définir et mesurer les facteurs qu’elle analyse et la validité relative de ceux-ci : ainsi le PIB mesure l’activité d’un pays, qui est une dimension intéressante à certains égards, pas son utilité qui serait seule intéressante pour d’autres objectifs et que personne, en dépit des justes critiques adressées à ce jour au PIB, n’a réussi à mesurer.

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