La bataille des retraites

Publié en 2010
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le problème du financement des retraites : drame, fatalité ou choix ?

L’espérance de vie est passée en trente ans de 74 à 80 ans et devrait atteindre 86 ans en 2050. La conséquence mécanique de cet allongement de l’espérance de vie est la multiplication du nombre de retraités, tandis que celui des actifs reste à peu près stable. Le Conseil d’Orientation des Retraites retient comme hypothèse centrale une population active stable autour de 26 millions de cotisants, alors que le nombre de retraités passerait entre 2008 et 2050, de 15 à 23 millions. Le rapport cotisant / bénéficiaire chuterait par conséquent de 1, 8 à 1, 1. Cette dégradation est considérable. Le chiffre frappe d’autant plus les esprits qu’il est facile pour chacun d’imaginer qu’il a en permanence à ses côtés un retraité partageant son revenu.

Mais le COR a également émis bien d’autres hypothèses qui ont moins retenu l’attention, en particulier sur les taux de chômage et le progrès de la productivité. Sans doute parce qu’elles sont entachées de plus d’incertitude. Sans doute aussi parce que la facilité d’appréhender une chose pèse plus lourd que son importance réelle.

Le COR avance trois hypothèses d’évolution du chômage : le statu quo à 10 %, une amélioration à 7 % et une autre à 4, 5 % à laquelle il ne paraît pas vraiment croire. La productivité est supposée progresser, selon les hypothèses, de 1, 5 à 1, 8 % par an. Si la population active et le chômage sont stables, ce progrès doit se traduire par un doublement du PIB sur la période.

Toutes choses étant égales par ailleurs, cela signifie que le revenu global des ménages va également doubler. La part de chacun ne va pas suivre la même évolution puisque le nombre de parties prenantes va augmenter : aux 26 millions d’actifs, il faudra ajouter 23 millions de retraités (au lieu de 15 actuellement), le total passant ainsi de 41 à 49 millions. À structure de répartition identique, c’est quand même une amélioration de plus de 60 % pour tous !

Est-ce à dire qu’il n’y a pas de problème ? Non. D’abord parce que le maintien de la population active à son niveau actuel passe par l’allongement récemment voté de la période d’activité. Ensuite, à court terme, la conjonction du papy-boom et de la crise entraîne un déficit des régimes de retraite insupportable. Enfin et c’est le plus important, cette prévision repose sur un taux de croissance de 1, 8  % par an. C’est à la fois peu et beaucoup. Peu, dans un monde qui connaît une croissance triple. Beaucoup, pour la France dont le taux de croissance ne dépasse pas 1 % sur les 10 dernières années. Si la croissance n’est pas au rendez-vous, le problème n’est plus le partage de ses fruits entre actifs et retraités, mais celui de la pénurie.

Pourquoi se résigner ? Le rapport Attali a mis en évidence de nombreux obstacles, mais nous prenons plus de temps à les démanteler qu’à en créer de nouveaux : principe de précaution interprété de manière excessive, élucubrations sans fin sur la gouvernance, multiplication des rapports et des rapports sur les rapports qui occupent les meilleurs esprits. Attitude hostile à la nouveauté, aussi : les éoliennes, tant prisées quand elles n’existaient pas, sont honnies dès qu’elles apparaissent. Des aberrations continuent d’exister dans l’indifférence générale : la France qui devrait être le port de l’Europe utilise Rotterdam ou Barcelone pour ses propres importations. On sait pourquoi…

Problème de retraite ? Oui, mais au sens d’abandon du champ de bataille.

Article paru dans Courtage News de septembre 2010

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