Incivilités

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

L’incivilité semble, selon un large consensus, se développer : l’incivilité, c’est au fond ne pas prêter aux autres l’attention qu’ils estiment mériter : absence de politesse, absence d’égards, détérioration de leur cadre de vie, etc. ; ne parlons pas de violence ou de vols et d’agressions diverses qui  sont qualifiés de termes plus forts mais ne s’en différentient que par l’intensité.

Qu’est-ce au fond que la civilité ? C’est le respect marqué à la communauté à laquelle on appartient et à ses membres : contrairement à l’idée que véhicule le consensus, l’incivilité n’est pas le contraire, c’est-à-dire l’absence de respect pour la communauté à laquelle on appartient ou à ses membres, c’est la manifestation de la non appartenance à cette communauté.

Il y a certes des transgressions à l’intérieur des groupes sociaux, qu’ils soient familiaux, nationaux, éthiques, religieux, sportifs, etc… mais elles sont plutôt rares. Par contre, de tous temps en tous lieux, ceux qui, n’appartiennent pas à une communauté tendent à la considérer comme une ressource et non une source d’obligations.

Bien entendu la force du lien avec la communauté est très variable : elle peut aller de la fusion à des sentiments moins intenses ou limités dans leur champ : la fraude fiscale témoigne d’une limite dans le sentiment de communauté avec la nation qui peut par ailleurs être bien réel ; le fait d’appartenir au club des supporters d’une équipe de football n’implique pas nécessairement une solidarité dans les autres champs de la vie sociale, etc..

Le respect à l’égard de la ou des communautés auxquelles appartient un individu est la règle, le non-respect des autres également : les européens ont pratiqué l’esclavage en Afrique et décimé les peuples de l’Amérique précolombienne parce qu’ils n’appartenaient pas à la culture européenne et ne partageaient pas la religion chrétienne. Le Reich a assassiné  des millions de personnes et s’est emparé de leurs biens au motif qu’ils n’étaient pas aryens.

Il y a des exceptions : certaines personnes considèrent l’humanité, voire le monde vivant comme une seule communauté.

Malheureusement, les cultures, les valeurs et les expériences vécues en commun qui contribuent à la formation des communautés se pratiquent essentiellement au niveau de groupes plus restreints qui s’interposent à la perception de l’humanité globale comme communauté.

L’apparition, grâce aux réseaux sociaux, de communautés virtuelles susceptibles de s’étendre au monde entier, est-elle de nature à changer cet état de chose ?

On y perçoit le plus souvent des liens limités à certains champs et des sentiments parfois  intenses  mais éphémères. Il est à craindre qu’elles contribuent à l’affaiblissement de communautés existantes plus qu’elles ne créent de véritables communautés nouvelles.

Au total l’hétérogénéité  du monde ne se réduit pas et le champ des incivilités ne peut que s’en trouver renforcé.

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