Identité nationale

Publié en 2015
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La grande manifestation du dimanche 11 janvier pose le problème de l’identité nationale : qu’est-ce qui fait qu’une multitude a le sentiment de constituer un groupe, au point que toute atteinte à l’un de ses membres est ressentie comme une agression par les autres ?

La traduction la plus claire de l’appartenance à une Nation est d’ordre juridique et administratif. Mais cela ne saurait fonder un sentiment d’appartenance commune. Il s’agit plutôt dans ce cas de postuler et de fonder un tel sentiment. En France, du fait du droit du sol, la dimension juridique renvoie au territoire. Mais la notion même de territoire national est contingente. Entre la France minimale du XIe siècle et celle du Premier Empire, que de différences ! Et depuis, des territoires se sont ajoutés : la Savoie, le Comté de Nice, les départements d’outre-mer. D’autres sont sortis, comme les départements d’Algérie. D’autres, enfin, comme l’Alsace, ont fait des allers-retours. L’adhésion des territoires à un ensemble plus vaste n’a pas toujours été volontaire et unanime. Elle reste fréquemment contestée comme on le voit en Écosse ou en Catalogne.

Sur ces territoires aux frontières mouvantes, les vagues de population n’ont cessé de se succéder. En ce qui concerne la France, Celtes, Romains, barbares, Normands sont venus se mélanger au peuplement antérieur, mouvements complétés par des arrivées de moindre ampleur, mais plus nombreuses, à la suite de guerres, révolutions, pogroms, crises économiques et colonisations. Un flux d’immigrations individuelles continu et infiniment diversifié a enfin contribué à mélanger gènes et cultures.

Dans le même temps, à chaque génération, une partie des populations installées disparaît sans laisser de descendance, au point que seul un quart des Français de 1789 auraient aujourd’hui des descendants.

Les phénomènes migratoires semblent avoir pris une grande importance. En particulier ceux qui vont de pays pauvres, surpeuplés, en guerre ou soumis à des tyrannies vers des pays mieux lotis. Mais on sait que, de toute manière, la population mondiale s’est développée à partir d’un petit noyau établi en Afrique de l’Est et qui, au fil des siècles, sous des pressions variées, a occupé tout l’espace disponible.

Il n’est pas évident que dans ce melting-pot Dieu puisse reconnaître les siens. Il est certain en revanche que les prétentions humaines à le faire ne sont pas fondées. En définitive, l’identité ne peut résulter que de la volonté de vivre ensemble sur la base de règles claires acceptées par tous.

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