Guerre au Daech

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le livre de Huntington sur le choc des civilisations, paru en 1993, a été à l’époque fraîchement accueilli par la critique. On lui a notamment reproché de réduire les civilisations à des blocs fermés, homogènes, figés et définis par la seule religion.

Le début du XXIe siècle semble toutefois apporter de l’eau au moulin de Huntington. Du Xingjiang au Nigeria en passant par la Tchétchénie, l’Afghanistan, le sous-continent indien, le Proche-Orient et une grande partie de l’Afrique, un axe semble se constituer sur une base religieuse en opposition aux autres cultures. Le conflit en Ukraine, pour sa part, a été attisé par l’opposition de la Pologne catholique à la Russie. Ces événements semblent démentir la vision optimiste de Francis Fukuyama selon laquelle le monde se dirigerait vers « la fin de l’histoire » idéologique, la démocratie tendant à s’imposer universellement.

Depuis l’affirmation de cette thèse, bien des événements, notamment les printemps arabes, ont démontré que la démocratie n’a de sens que dans des populations relativement homogènes et non dans celles où coexistent des groupes ennemis pour lesquels une règle déterminée par l’autre, fût-il majoritaire, est inacceptable. Dans ce dernier cas, la démocratie n’est pas le moyen d’éviter l’alternative entre chaos ou dictature.

Au demeurant, pour les démocraties soumises à des divisions internes qui les rendent ingérables, la perspective de ces conflits ne présente pas que des inconvénients. Ainsi, la promptitude avec laquelle les États occidentaux se sont mis d’accord pour déclarer la guerre à Daech est, de ce point de vue, significative : certains y trouvent non seulement le moyen d’affirmer une autorité qui n’existe plus en interne, mais aussi, grâce à la menace d’un danger, la possibilité de retrouver un pouvoir de décision au « nom de l’intérêt supérieur de la Nation » dont l’usage pourrait s’étendre au-delà des nécessités directes du conflit.

Le danger deviendra-t-il suffisamment inquiétant pour permettre cette évolution ou ne constituera-t-il qu’une difficulté supplémentaire ?

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