Gouvernance et gouvernement

Publié en 2013
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le mot de gouvernance, très ancien mais dont l’usage était devenu rare jusqu’à une époque récente, connaît depuis quelques années un renouveau. Il n’est de problème, semble-t-il, qui ne puisse être résolu par une bonne gouvernance, qu’il s’agisse du sort d’un pays, de la prospérité d’une entreprise ou du succès d’une équipe de football.

Se réveiller après une longue hibernation est une opération risquée et le mot de gouvernance semble y avoir perdu l’essentiel de ses attributs.

Pour nos anciens, le mot désignait l’art de gouverner. Sonnant mieux à l’oreille que le mot gouvernement, il avait en outre l’avantage de ne désigner que l’art de gouverner, alors que le mot « gouvernement » désignait à la fois la fonction et l’organe en assumant la charge, c’est-à-dire l’exécutif.

Désormais, le terme de gouvernance a pris le sens de contrôle. C’est une sérieuse réduction puisque le contrôle n’était autrefois qu’un des éléments de l’art de gouverner. Il est vrai que le terme a compensé cette perte de substance en s’étendant, parfois, à la composition des organes qui l’assument, mais en se soumettant, pour prix de cet enrichissement, à des considérations extérieures à son objet. Une bonne gouvernance est ainsi censée résulter de l’équilibre des sexes et de la structure d’âge des membres composant une entité, ainsi que d’autres critères, tout aussi étrangers à la compétence.

La tradition voulait que le bon gouvernement d’un groupe humain chargé d’une action collective soit la conséquence de la mise en œuvre efficace de fonctions multiples : prévision, organisation, décision, commandement, animation et contrôle. Ne reste aujourd’hui que ce dernier, du moins tant qu’il restera quelque chose à contrôler.

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