Espérances de vie

Publié en 2015
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

On sait que les habitants des sociétés développées vivent longtemps. En France, les dernières statistiques accordent aux hommes une espérance de vie de 79 et aux femmes de 85 ans. Ce qu’on désigne par espérance de vie sans plus de précision, c’est l’espérance de vie à la naissance, c’est-à-dire l’âge auquel une moitié seulement des personnes nées une même année sera encore en vie. Le grand public ignore le plus souvent cette définition et considère l’espérance de vie comme la durée de vie « normale », c’est-à-dire l’âge qu’une personne peut espérer raisonnablement atteindre si elle n’est pas victime d’un coup du sort. Cette interprétation sous-évalue largement la réalité de l’espérance de vie qui subsiste au-delà de l’espérance de vie à la naissance. À 79 ans, un homme a encore une chance sur deux de vivre 10 ans. À 85 ans, l’espérance de vie d’une femme est encore de 8 années. Le même calcul refait au terme de ces durées donne encore aux survivants des espérances de vie respectives de 6 et 5 ans. Un quart des hommes dépassera 89 ans et un huitième 95 ans. Pour les femmes, les chiffres sont respectivement 93 et 98 ans, âges auxquels il reste bien entendu encore une espérance de vie. Le grand public tend donc à sous-évaluer la probabilité de vivre très vieux et, simultanément, la fréquence des morts prématurées : un quart des Français meurent entre la naissance et 65 ans, dont une bonne partie de morts évitables, et un autre quart entre 65 et 82 ans, espérance de vie à la naissance moyenne des Français.

Lorsqu’on évoque le dynamisme démographique d’un pays, on considère essentiellement le volume de la population et sa variation. Lorsque cette dernière est négative, comme dans la plupart des pays européens, le vieillissement est un facteur d’affaiblissement supplémentaire. Le dynamisme économique s’en ressent et les politiques d’immigration qui n’en tiennent pas compte ont peu de chance de se concrétiser.

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