Entropie

Publié en 2012
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Il y a des entreprises performantes et des administrations qui fonctionnent.

Ce sont à chaque fois des exceptions si rares qu’on doit les considérer comme les fruits d’heureux hasards.

Des hasards infiniment peu probables se réalisent. C’est le cas de l’existence de chacun d’entre nous, dont la probabilité d’exister est proche de zéro si l’on considère la succession d’événements qui ont précédé et permis notre naissance.

Le succès, entendu comme atteinte des objectifs qu’une personne ou une organisation se fixe, dépend pour l’essentiel de la cohérence entre objectifs et moyens, qualitativement et quantitativement. Au niveau d’un individu, celle-ci n’est pas nécessairement assurée. À partir de deux personnes, les probabilités chutent. À cent personnes, l’incertitude est forte. À cent mille, la cohérence tient du miracle. À dix millions et plus, elle devient impossible. Bien sûr, l’homogénéité, ou au contraire l’hétérogénéité d’un groupe influencent, à la hausse ou à la baisse, ces frontières, mais pas leur existence.

Cet état de choses a des raisons qu’on pourrait, très subjectivement, qualifier de mauvaises. Par exemple, les égoïsmes, la limite des intelligences individuelles, les comportements grégaires. Il y a aussi des raisons qu’on pourrait qualifier, subjectivement là aussi, de positives. Quiconque s’efforce de faire progresser l’ensemble auquel il appartient sans en contrôler ni même en connaître tous les éléments crée du désordre et de l’entropie. Mais si personne ne prenait d’initiative, les choses seraient pires.

Beaucoup d’entreprises qui démarrent s’arrêtent rapidement. Celles qui perdurent et réussissent sont celles qui ont créé en leur sein un grand degré de cohérence. La victoire de l’entropie est néanmoins assurée dès qu’une grande quantité d’énergie n’est pas régulièrement injectée pour maintenir cette cohérence. La différence entre les meilleures entreprises et les autres n’est alors qu’une question de délai.

Articles similaires

Le déclin des États

11 Déc 2018

Les sociétés archaïques étaient simples : les clans étaient composés de sous-groupes – les hommes, les femmes, les prêtres, les guerriers par exemple – dont chacun avait ses règles et usages propres, mais ensemble ils formaient un tout ; un individu existait dans le tout à travers son groupe, lui-même indissociable de l’ensemble. Les sociétés modernes s’opposent […]

De l’idée au fait

11 Déc 2018

L’aptitude à la conceptualisation est dans la concurrence entre les hommes pour le pouvoir politique ou économique un avantage certain car elle favorise l’analyse du réel et la recherche de solutions aux problèmes, qui constitue l’essentiel du rôle des dirigeants. Mais ce processus de sélection a aussi un inconvénient dans la mesure où il crée […]