Encore moins de consensus

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Il est de bon ton de stigmatiser « la politique de café du commerce », c’est-à-dire tout propos politique supposé du niveau des échanges entre piliers de bar auxquels échapperait la subtilité des problèmes.

Ce jugement péjoratif est fondé, dans la mesure où rechercher une solution simple à un problème complexe témoigne d’une grande naïveté. Malheureusement, dans un monde très complexe, personne ne maîtrise totalement l’ensemble des données d’un problème et bien des décisions politiques prises au plus haut niveau pâtissent du caractère incomplet des analyses sur lesquelles elles sont fondées.

D’une manière générale, moins on prend en compte de dimensions d’un problème, plus la solution apparente en est évidente, mais plus elle a d’effets collatéraux négatifs, ceux-ci pouvant vite dépasser l’effet positif recherché. Ainsi, lorsqu’un gouvernement constate qu’un produit ou un service est trop cher, il peut décider d’en plafonner le prix. À la conséquence immédiate recherchée succède la disparition de l’offre ou sa réduction, souvent accompagnée de la création d’un marché parallèle à prix plus élevé.

Les décisions ayant, du fait d’analyses trop partielles, des conséquences négatives supérieures aux effets positifs attendus sont nombreuses. Ainsi la recherche d’un supplément de recettes fiscales par la réduction des avantages fiscaux pour l’emploi à domicile, pour prendre un exemple récent, s’est traduite par une réduction des recettes fiscales et sociales et par une offre de travail moindre, donc une augmentation du chômage.

Hétérogénéité de la société, extension du politique à toute la vie sociale et, désormais, à la vie privée : outre ces éléments déjà présentés comme autant d’éléments rendant difficile un consensus démocratique, les différences de niveau d’analyse et de compréhension des différents problèmes auxquels est confrontée la société constituent un autre obstacle.

Au total, en dehors de situations dramatiques, l’élaboration de consensus devient pratiquement impossible, ce qui expose nos sociétés à un double risque. Soit le déclin, en raison d’une incapacité de prendre des décisions, constat que l’on fait en l’attribuant au manque de courage des dirigeants alors qu’elle résulte simplement du nouvel état de nos sociétés. Soit une dérive vers des régimes plus autoritaires, probablement d’essence bureaucratique.

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