Emploi et développement

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

La direction de la concurrence vient de rendre publics les résultats d’une enquête sur le transport de voyageurs en car. Elle constate que cette activité est 10 000 fois moins développée en France qu’en Grande-Bretagne, alors qu’il s’agit d’un moyen de transport intéressant sur le plan social (peu cher), écologique (il pollue moins que l’automobile par passager transporté) et qu’il pourrait créer de l’emploi.

Ce dossier a sans doute un intérêt direct pour les opérateurs éventuels, les salariés qui pourraient y trouver un emploi et les voyageurs qui pourraient y trouver souplesse et économie, mais il surtout intéressant pour l’ensemble de la société en tant qu’emblème de l’organisation économique de la France.

Le transport courte distance est pratiquement interdit à la concurrence. Le transport international, autorisé grâce à l’Europe. Le transport intérieur de plus de 200 km, autorisé uniquement sur les lignes internationales, à condition que les voyageurs à destination de l’étranger représentent plus de 50 % du total (un Paris-Lille est donc autorisé si la destination ultime du car est Bruxelles et que la moitié des passagers a cette destination !)

La trame kafkaïenne de cette organisation traduit un état d’esprit présent dans tous les secteurs de l’économie : seuls l’État et son administration sont capables de juger qu’un transport en car est bon pour le pays s’il porte sur 201 km plutôt que sur 199 et seulement si un nombre précis de passagers va à l’étranger !

On reconnaît là les raisonnements qui amènent l’État à juger que lui seul peut savoir quelles sont les bonnes heures d’ouverture de certains magasins et qu’une location meublée doit comporter un lit, une table et une chaise (Loi ALUR). Dans le même esprit, une enquête montre cette semaine qu’établir une feuille de paye coûte deux fois plus cher en France que chez ses concurrents, soit 390 euros par an !

La révolution de 1789 a permis de libérer l’économie d’une multitude de contraintes corporatistes, juridiques, fiscales et administratives. D’autres ont été depuis bâties à leur place et chaque jour voit apparaître son lot de lois, règlements et formalités qui s’ajoutent aux anciennes. Cette prolifération est la forme sociale du cancer.

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