Développement et écologie

Publié en 2015
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Le développement économique effréné depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale a endommagé notre planète. Le mouvement écologique s’est développé pour susciter une prise de conscience afin d’arrêter ce mouvement qui, de fait, ne peut se prolonger indéfiniment.

Certains antiproductivistes et anticonsuméristes vont jusqu’à prôner un véritable retour en arrière. Ils oublient la médiocre condition de vie de nos aïeux. Avant la guerre, les personnes modestes avaient déjà durement souffert de la crise des années 30 et je suis effrayé qu’on puisse imaginer ce passé comme un idéal à retrouver. Si on veut bien considérer en outre qu’un milliard de personnes vivent encore sous le seuil de pauvreté et que la population aura bientôt triplé par rapport à cette période, l’absurdité de cette posture apparaît plus grave encore.

Certes, on peut affirmer qu’une meilleure répartition des richesses pourrait résoudre le problème alors que la poursuite des tendances actuelles l’aggraverait. C’est un fait, relativement évident et confirmé parle FMI, que l’inégalité actuelle limite la croissance. La concentration d’une quantité de ressources excessive en peu de mains restreint la consommation des masses sans que celle des privilégiés la compense. L’atonie de la consommation entraîne celle des investissements. Mais une redistribution importante et brutale ne serait pas sans inconvénient. Les échecs de l’URSS et du modèle maoïste en Chine montrent suffisamment combien les thèses égalitaristes peuvent mener à la catastrophe.

Répartir plus égalitairement une richesse considérée comme excessive se heurterait aussi à une difficulté d’un autre ordre. La richesse est évaluée à travers sa traduction monétaire et l’argent peut se répartir aisément. Mais la richesse a majoritairement des formes non monétaires : investissements industriels, immeubles, œuvres d’art, etc. De même, la consommation de produits et services de luxe, qu’elle prenne la forme de voitures, yachts ou entretien de chevaux de courses ne peut se transformer d’un coup de baguette magique ou par simple décision politique en biens de consommation courante. Arrêter les premières serait une destruction de valeur et non une libération de moyens qu’on pourrait redéployer. Ce ne sont que les flux futurs qui peuvent être réorientés.

Enfin, il existe une illusion, sans doute induite par la comptabilité nationale, consistant à considérer que le développement signifie toujours plus (de voitures, de calories, de chaussures, etc.) C’est une possibilité, mais l’amélioration qualitative passe aussi par un accroissement du PIB. Revenir aux techniques agricoles du XVIIIe siècle ne permettrait pas de retrouver le niveau de vie de cette époque, mais seulement un niveau nettement inférieur puisque la population a augmenté. Inversement, si on veut maintenir le niveau de production actuel sans les inconvénients relatifs, par exemple, à l’emploi massif des insecticides et engrais actuels, il faut utiliser de nouvelles ressources qui vont nécessiter recherche, capital et main-d’œuvre. Dit plus concrètement, remplacer des pommes ordinaires par des pommes bio ne peut se faire que de deux manières : un retour en arrière qui rendrait inaccessibles celles-ci au grand nombre, ou le maintien des volumes actuels dans les conditions du bio, ce qui implique une hausse importante de la valeur ajoutée.

Le développement des techniques numériques, comme celui de la machine à vapeur au XVIIIe siècle, menace l’emploi tel qu’il existe aujourd’hui. Sa reconversion vers une économie qualitative est à la fois nécessaire et possible. Sa réalisation sera développement ou ne sera pas.

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