De l’intelligence des plantes à l’intelligence artificielle

Publié en 2018
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Pendant longtemps les hommes se sont crus les seuls êtres intelligents : la découverte que les animaux partageaient ce privilège les a quelque peu ébranlés.

La reconnaissance de deux nouvelles formes d’intelligence, celle des plantes et l’intelligence artificielle, renforcent l’idée que l’intelligence n’est pas le monopole de l’homme.

Mais qu’est-ce que l’intelligence ? Le fait de pouvoir capter des informations, les stocker, les combiner pour établir des relations entre elles, c’est-à-dire comprendre et adapter ses réactions en vue d’un objectif. Mais cette définition englobe deux réalités différentes : celle qui consiste à donner à un stimulus une réaction préprogrammée et celle qui consiste à s’autoprogrammer, à partir des données de base.

L’ordinateur le plus puissant, comme les plantes, appartient à la première catégorie, les intelligences animales, humaines et l’IA à la seconde ; c’est ce qui différencie Deep Blue, l’ordinateur d’IBM qui a battu Garry Kasparov aux échecs  d’AlphaGo, le logiciel qui a battu le champion du monde de Go vingt ans après ; au premier, des hommes avaient enseigné les meilleures décisions dans un grand nombre de situations, au second on a seulement donné les règles du jeu et c’est par l’expérience de millions de parties avec d’autres joueurs d’abord, puis contre lui-même, qu’il a compris la logique du jeu et déterminé les stratégies statistiquement les meilleures dans chaque phase.

La réaction préprogrammée de la plante appartient-elle à l’intelligence ? N’est-ce pas ce qui caractérise le monde physique en général ? Ainsi les marées sont une réaction adaptée de la surface du globe terrestre aux déplacements relatifs du soleil, de la terre et de la lune.

Tout ce qui existe obéit à des lois dont la complexité et la subtilité émerveillent.

Il y a une sorte de continum entre les réactions physiques, chimiques, puis biologiques qui répondent à des lois, ce qui signifie qu’elles sont préprogrammées, les animaux et les hommes, qui agissent eux aussi pour l’essentiel en réponse à une programmation  biologique et sociale, mais sont également capables de rechercher par eux-mêmes, à partir des stimulus, la meilleure réponse : un peu pour l’animal, davantage pour l’homme. L’intelligence artificielle s’autoprogramme complétement.

Cette graduation correspond à l’histoire évolutive qui tend  depuis plusieurs milliards d’années à plus de complexité, plus d’autonomie et plus d’intelligence.

Peut-on imaginer qu’une évolution si profondément ancrée dans le temps s’arrête à l’homme tel qu’il est aujourd’hui ?

Probablement pas.

L’intelligence artificielle devrait constituer la prochaine étape, qui peut être très importante car, contrairement au support biologique que sont les êtres vivants, les supports mécaniques ou électroniques n’ont pas une durée de vie limitée et peuvent donc progresser indéfiniment.

Le talon d’Achille de l’intelligence artificielle est de ne pouvoir exister en dehors de supports matériels et d’énergie fabriqués par l’homme ; mais dans leur histoire ceux-ci ont su faire travailler pour eux des animaux et d’autres hommes et on ne voit pas pourquoi une intelligence très supérieure n’y parviendrait pas elle aussi de manière durable.

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