Coût marginal zéro

Publié en 2014
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

L’essayiste Jérémy Rifkin publie un nouvel ouvrage intitulé La nouvelle société du coût marginal zéro dans lequel il évoque le crépuscule du capitalisme et l’essor d’une économie sociale et collaborative. Celle-ci, selon Rifkin, remplacera une économie fondée sur la concentration des moyens de production propre au capitalisme industriel. Cette nouvelle économie, comme les précédentes, serait le fruit d’une révolution industrielle, fondée cette fois sur l’emploi des technologies numériques.

Il est certain que tout va changer dans la manière de concevoir, produire et échanger des biens et des services et que la marge d’initiative donnée à l’individu pour s’informer, échanger, produire ou acquérir marquera profondément l’économie de demain.  L’affaiblissement de nombreuses structures économiques actuelles en résultera. Il n’est toutefois pas certain que le relais ne sera pas pris par des structures capitalistes plus puissantes encore. Après tout, les plus grosses capitalisations boursières d’aujourd’hui ne sont ni les entreprises sidérurgiques ni les constructeurs automobiles, mais Microsoft, Google, Facebook et autres Ali Baba.

Le numérique favorise les échanges, donc la concurrence au profit du petit nombre d’acteurs qui réussissent à s’imposer, à tort ou à raison, comme les meilleurs. L’histoire a déjà vu le meilleur du village perdre au profit du meilleur du pays, et celui-ci perdre au profit du meilleur mondial, qui prend de ce fait une position dominante particulièrement rentable.

Le capitalisme n’est pas menacé par cette évolution, même si elle suppose qu’il évolue, ce qu’il sait très bien faire. Il possède d’ailleurs un ressort éternel : la prospérité suppose un degré d’initiative qui n’appartient qu’aux entrepreneurs, les grandes structures se bureaucratisant inévitablement et s’efforçant d’assurer leur survie en limitant la concurrence plutôt que par la création de richesses nouvelles. Il appartient à des individus et non aux grandes structures dominantes de promouvoir à chaque génération la nouvelle économie en même temps que leur fortune.

Les économies d’autoconsommation et d’échange de proximité ont néanmoins vocation à se développer. En effet, le progrès de la productivité évoqué par Rifkin réduira le champ du travail salarié, par ailleurs plombé par l’environnement fiscal et réglementaire. Pour vivre il faudra se débrouiller sur le plan individuel.

Mais cette évolution n’est pas incompatible avec le capitalisme comme le montre l’exemple des nombreuses sociétés internet qui assurent la promotion, par exemple, de quasi-taxis, l’hébergement chez des particuliers ou la vente d’objets par des non professionnels, car le public, confronté à une masse infinie d’informations et de propositions a besoin de médiateurs et de coachs qui les filtrent pour lui.

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