Catexit

Publié en 2017
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

 

La revendication d’indépendance de la Catalogne répond à des préoccupations qu’il ne nous appartient pas de juger, mais l’exigence d’inimédiateté dont elle est assortie donne le sentiment d’une absence totale de réalisme quant à l’exercice d’une pleine souveraineté.

Le Brexit a démontré combien il était difficile à un Etat de couper ses liens avec l’Europe ; pourtant l’intégration de la Grande Bretagne à l’Europe est bien moindre que celle d’une région à son Etat ; par ailleurs la Grande Bretagne a tous les attributs de la souveraineté et dispose d’une monnaie bien établie.

Le problème de la Catalogne est infiniment plus complexe puisqu’elle devrait simultanément sortir du royaume, de l’Europe et de l’Euro.

En effet, les Catalans postulent qu’étant gens fort sympathiques, ils pourraient rester membres de l’Europe.

Si c’’était le cas, quelle logique pourrait empêcher que le même sort soit réservé à toutes les Généralités d’Espagne, puis aux autres régions d’Europe ?

En tout cas, l’accord de l’Espagne serait une condition nécessaire mais non suffisante et on ne voit pas pourquoi la Grande Bretagne, la France, la Belgique et d’autres peut-être accepteraient d’ouvrir la boite de Pandore des revendications régionales.

Peut-être existe-t-il, au sein des instances communautaires, des courants de pensée qui préféreraient une Europe des Régions à celle d’Etats puissants et peu dociles ?

Ce serait une erreur : la gestion de l’Europe a alimenté la montée en puissance d’un courant populiste qui lui est hostile et dont le Brexit est la première conséquence.

L’urgence n’est donc ni à l’extension, ni à l’émiettement, mais à la concentration, si ce n’est par l’exclusion de certains Etats, du moins par l’organisation de différents niveaux d’intégration.

Par ailleurs, sur un plan plus technique, l’adhésion d’un Etat à l’Europe et à l’Euro suppose le respect de certaines conditions que seule la préexistence d’un Etat permet d’apprécier, par exemple, le niveau d’endettement global résultant notamment du partage de la dette antérieure.

Cela ne signifie pas que la carte de l’Europe soit définitivement figée, l’inverse est même assez probable ; mais Les évolutions doivent être engagées avec beaucoup de prudence. Les Etats d’aujourd’hui sont le résultat de siècles de guerre et de violence ; la paix est un acquis récent et fragile ; l’expérience des Etats qui ont éclaté dans la période moderne – Yougoslavie et URSS pour ne parler que du Continent Européen – montre que la violence que la constitution des Etats a supprimée peut se ranimer avec leur éclatement.

 

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