Budget financier et budget temps

Publié en 2011
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

Tout acte de consommation requiert, de la part du consommateur, de l’argent, mais aussi du temps. Les entreprises envisagent cet acte sous le seul angle du budget disponible. Or dans la réalité le temps est encore plus contraignant pour le consommateur que l’argent, puisqu’il ne peut être ni distendu, ni emprunté, ni reporté à plus tard.

Toute consommation est de fait envisagée plus ou moins consciemment par le consommateur selon ces deux critères, qui ne sont corrélés ni directement, ni inversement. Certes, acheter une maison prend plus de temps qu’acheter une baguette de pain, ce qui pourrait laisser penser qu’il y a une corrélation, mais, inversement, la préparation d’un plat de pommes de terre peut prendre plus de temps que l’achat d’un pot de caviar.

Cependant, le temps c’est de l’argent et chacun, inconsciemment sans doute, donne un prix à son temps. Ainsi, une personne dont le revenu est de 100 euros par jour n’hésitera pas à consacrer une demi-journée pour aller faire ses achats dans une « usine center » située à 50 km, convaincue qu’elle est de pouvoir y faire des économies justifiant cet emploi de temps, alors qu’une personne dont les revenus sont dix fois supérieurs considérera le même déplacement comme une perte de temps.

Cette relation « argent/temps » corrige le coût apparent, c’est-à-dire purement financier, d’un achat. Ainsi, l’acquisition d’un équipement pour la maison pourra être envisagé relativement à son seul coût financier, en face duquel il y aura évidemment une utilité et le cas échéant un plaisir, ou bien relativement à son coût financier corrigé de son impact en terme de budget temps, positif ou négatif. Ainsi, le prix d’un lave-vaisselle ne se compare pas à celui d’une commode puisqu’il va permettre une économie substantielle du budget temps.

Établir la hiérarchie des coûts financiers est relativement simple en regard de la difficulté d’évaluer le budget temps.

Une dépense est un élément incontestable. En matière de temps, à partir de quand faut-il le décompter ? Comment le répartir entre plusieurs emplois simultanés ?

Par ailleurs, certains usages du temps sont des « consommations » de temps. Ils sont donc comparables à des dépenses. D’autres, en revanche, sont des manières de « passer le temps » et acquièrent en quelque sorte une valeur positive.

Ainsi, une heure de transport pour consulter un médecin est une consommation de temps, alors que la même heure consacrée par un passionné à un spectacle sportif est une valorisation du temps.

Il résulte de ces quelques remarques que les entreprises doivent prendre en compte le budget temps des consommateurs en visant à leur faire économiser cette denrée rare ou à lui donner une valeur positive, appréciée et recherchée en tant que telle.

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