A bas le profit !

Publié en 2012
Jean-Claude Seys Président de l'Institut Diderot, fondateur et vice-président du groupe Covéa qui réunit les mutuelles d’assurance MAAF, MMA et GMF.

On entend fréquemment des gens condamner un projet parce que son but serait le profit. On ne peut qu’être stupéfait face à la force et à l’étendue de cette composante de la culture française. On préfère ériger des barrières plutôt que d’accepter l’existence d’un profit pour le promoteur et le financier d’un projet.

Le profit pour les entreprises représente en général 2 ou 3 % du chiffre d’affaires. Cela signifie que 97 à 98 % de ce chiffre vont à d’autres parties prenantes : salariés pour les deux tiers en moyenne, État et diverses collectivités territoriales pour une part très significative, producteurs de matières premières ou de biens intermédiaires pour le reste, sachant que ces derniers feront la même redistribution. Ainsi, s’opposer à un projet au motif que l’initiateur recherche le profit, c’est refuser des retombées dont la collectivité est, de très loin, la principale bénéficiaire.

C’est aussi refuser de s’interroger sur ce que rémunère ce profit et à qui il va. Il y a certes des profits indus, sans doute à l’origine de certains sentiments de rejet. Sans doute aussi un goût très marqué pour l’égalité conduit-il à préférer l’égalité dans la pauvreté à l’inégalité dans la prospérité. La lucidité devrait pourtant conduire à constater que le profit rémunère légitimement deux facteurs :

‒ L’argent investi : il paraît normal à tout le monde que l’épargne placée sur un livret soit rémunérée de manière à garder sa valeur malgré le grignotage de l’inflation. Pourquoi ne devrait-elle pas l’être quand elle est utilisée pour créer des emplois ? D’autant qu’à notre époque un pourcentage très important du capital des entreprises est en réalité détenu par une très grande partie de la population via des fonds de placement, l’épargne salariale et les contrats d’assurance.

‒ Le risque : l’économie ne peut se maintenir et a fortiori progresser que si des risques sont pris et ceux-ci se traduisent régulièrement par des pertes qu’il faut bien compenser dans les périodes fastes pour que la machine économique continue à tourner. Ces pertes interviennent soit à l’occasion de l’échec de nouvelles initiatives soit en fin de cycle de vie d’une activité. On voit ainsi, dans certaines régions de France, des immeubles abandonnés et des friches industrielles témoins d’anciennes activités.

Peut-être la proscription de l’usure par l’Église est-elle pour quelque chose dans le refus du profit. Mais l’usure est un abus où le prêteur consent un crédit à court terme à un consommateur ou à un entrepreneur dans le besoin, démuni de tout pouvoir de négociation, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec le fait de risquer son bien, pour le faire prospérer certes, mais à l’avantage de la société tout entière.

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